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Vous avez dit «Essai» ?

Catégorie: Divers
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Vous avez dit « Essai » ?

Essai? Vous avez dit «essai»? Ah! La belle affaire! Vous m’auriez dit poésie que je me serais mis à vibrer. Théâtre ? Mon imagination aurait galopé. Roman? Sitôt prononcé, je me serais engouffré dans un monde où tout est possible. Mais essai… Un mot qui a des allures de petit pas- fini, un tronc d’arbre à peine dégrossi, la pierre attaquée à coups de massue. Essai: un mot qui hésite lui-même à se définir, pourtant choisi pour circonscrire un genre impossible à contenir. Essai… Qu’a-t-on fait aux dieux de l’écriture pour qu’ils nous accablent ainsi d’une appellation si peu en phase avec l’affect ? Voudrait-on passer inaperçu qu’on n’aurait pas mieux choisi. Comme si la vie intellectuelle ne méritait pas une étiquette plus sexy.

Et puis, tant mieux. Dans une société où la culture est toujours soumise aux pressions consuméristes et au diktat du plaisir à portée de main, il convient de rappeler que le divertissement n’est pas tout. Que la culture, c’est aussi et avant tout la capacité de comprendre, de réfléchir, de faire des liens, de projeter… C’est cette vie de l’esprit qui dit notre manière singulière d’être au monde, sur ce bout de terre du continent.

Les nombreux essais publiés chaque année par les éditeurs d’ici manifestent la richesse de notre identité. Ils contribuent aussi à la façonner. Au-delà de l’opinion momentanée, ils obligent à entrer plus à fond dans l’intelligence des choses. Ils cassent les faux-semblants et convoquent les évidences suspectes au tribunal de l’analyse. Ils troublent les bonnes consciences et lèvent le voile sur ce qui est maintenu à la marge. C’est l’antidote à paresse, à la démagogie et au prêt-à-penser. Le contre-pied de la distraction qui, si on s’y complaît, risque de distraire de l’essentiel. Pour tout dire, en poussant le lecteur à la réflexion, l’essai est ferment de démocratie.

Dans ce numéro de Collections (à paraître le 11 septembre!) consacré à l’essai, vous retrouverez les grands classiques de notre jeune tradition, mais aussi un grand nombre d’œuvres méconnues qui donnent à penser, à vivre et à agir. On ne peut guère imaginer meilleur lieu d’éducation populaire que les bibliothèques publiques pour les faire mieux connaître. Dans cette optique, le mot n’est pas trop for t : ensemble, nous faisons œuvre d’utilité publique.

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