A+
A-

Un livre, ça sert à quoi?

Catégorie: Divers

Les plateformes de diffusion de la pensée et de la création se sont multipliées au cours des dix dernières années. Au point où les médias « traditionnels » comme la presse et le livre sont questionnés, tant dans leur nécessité que leur spécificité. À quoi servent encore journaux, magazines et revues dont le rythme de publication est proche de la vitesse de l’escargot, comparé aux médias sociaux qui font dans l’instantané (au point parfois de créer de la nouvelle là où il n’y en a pas!). Et que dire du livre,  cette chose qui met des mois, voire des années à sortir?

Tous les éditeurs qui ont un peu d’expérience peuvent raconter la même histoire : quelqu’un vient vous rencontrer, ou encore vous croise dans un cocktail, et vous dit sur un air de confidence : « Je ne veux pas que tu en parles, mais je pense que j’ai une bonne idée… une bonne histoire… quelque chose qui n’a pas encore été fait… » Chaque fois, je réponds la même chose : bien! Quand tu auras écrit au moins le tiers de ton manuscrit, contacte-moi : on regardera cela ensemble. 99 fois sur 100, je n’en entends plus jamais parler… Les plus cyniques croiront que c’est là une pratique perverse pour se débarrasser des gens ou pire, les décourager. Pourtant, il n’en est rien.

Alors, comment expliquer qu’il y ait une telle perte entre le flot d’idées qui ont la prétention d’être bonnes et le petit nombre qui se traduit en livres? Il y a au moins deux causes. La plus évidente est relative à l’effort considérable qu’il faut déployer pour écrire. Le courage n’est pas la vertu la plus développée dans la société contemporaine. Que dire du courage d’écrire! Et il y a écrire et écrire. Rédiger une idée en 140 signes sur Twitter : passe toujours, mais écrire 25 000 mots en phrases complètes sujet-verbe-complément (ce qui fait 125 000 signes!), c’est une autre affaire. En fait, au-delà de l’obstacle que représente l’exercice d’écrire, la cause la plus importante de perte réside dans le fait que la plupart des « bonnes idées » ne tiennent pas la route, point à la ligne! Et c’est précisément en cela que le livre a encore toute sa place, plus que jamais.

Submergés que nous sommes par les idées exprimées en formats courts (textos; gazouillis; blogues; manchettes d’actualités; etc.), on peut être tenté de croire qu’il en résulte un débat plus riche et une diffusion plus universelle de la pensée. Or, rien n’est plus suspect qu’une idée séduisante exprimée trop succinctement. Mais nous en sommes nourris ad nauseam, et peu équipés pour la vigilance critique. La pensée n’est pas un scrapbook de clips collés à la queue leu leu. Elle a besoin de profondeur pour se déployer. Conclusion : je ne crains pas d’affirmer de nouveau que le livre est non seulement une manifestation de la démocratie, il en est aussi la cause.

La prochaine fois que quelqu’un vous dira qu’il a une idée géniale, dites-lui qu’il tente d’en écrire un livre s’il veut savoir si elle est vraiment bonne.

2 commentaires sur “Un livre, ça sert à quoi?

  1. Ronald Albert

    Le livre comme manifestation et même cause de la démocratie! Voilà une formidable idée rarement exposée. Il serait intéressant de voir comment, au cours de l’histoire, la démocratie a grandi dans les milieux où la lecture était partagée et comment le développement de ce système politique a suivi l’avènement de l’imprimerie. Et quel défi pour notre société où une partie importante de nos concitoyens peut à peine lire un article de journal malgré les sommes investies dans l’éducation.

    Au courage d’écrire que vous rappelez il faudrait ajouter celui de lire. Et surtout de lire autre chose que des textes de 140 caractères. On est effectivement loin ici d’une oeuvre qui peut aider à construire la démocratie.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Articles récents

Nous étions UN

Nous étions mille cinq cents bien en vue sur les présentoirs, notre […]

Lire comme on respire

Le livre: un bien de première nécessité… S’il fallait choisir entre un […]

« La lecture est un droit fondamental pour tous », Wally de Doncker, président d’IBBY

En lisant les différentes chroniques et critiques de ce numéro de Collections, […]