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Un choix de société

Catégorie: Divers

Il y a plusieurs années, une étude parrainée par l’UNESCO en était arrivée à la conclusion que, pour faire vivre l’ensemble de l’offre culturelle dans un pays donné, il fallait une population d’au moins 10 à 12 millions d’individus partageant la même langue, et sur un territoire aux frontières accessibles. Là où les conditions sont en-deçà, le marché est insuffisant à assurer la viabilité économique du théâtre, de la danse, de la littérature, du cinéma… Il y a alors « déficit structurel de marché ». Je n’ai jamais oublié ces données qui n’ont rien de farfelu. Nous en faisons l’expérience concrète au Québec : nous sommes au mieux à 30 % en dessous de la ligne de flottaison d’un marché viable. Malgré l’exceptionnelle créativité des milieux culturels et la qualité remarquable de la production, la plupart des réseaux sont en mode survie. Le mot « rentabilité » est rarement à l’ordre du jour des organismes et des entreprises culturelles.

D’où les aides de l’État qui sont distribuées sous forme de subventions. Depuis quelques années, il est de bon ton de mépriser le soutien des gouvernements à la création et à la production culturelles. Certains y voient une forme d’assistanat qui maintiendrait artificiellement en vie ce qui autrement ne mériterait que de disparaître. En somme, de l’argent qui pourrait être « tellement mieux investi » ailleurs, dans ce qui rapporte vraiment… Ce discours de la culpabilité s’insinue partout, au point de générer la honte de bénéficier du soutien financier de l’État!

Pourtant, il faut en revenir aux faits : ce sont d’abord des conditions structurelles de marché qui conditionnent l’existence des subventions. Ces dernières sont là pour pallier, au moins en partie, le déficit démographique de clientèle. Elles permettent l’épanouissement de l’expression culturelle plurielle, dans un marché trop restreint pour y parvenir de façon autonome. C’est un choix politique qui a été réitéré par nos gouvernements depuis cinquante ans. Un choix qui en est un de société, en faveur de l’expression d’une langue et d’une culture distinctes, en terre d’Amérique.

Ce n’est pas une mauvaise chose de le rappeler à nos élus, et aux « prescripteurs de l’opinion publique », que la démagogie guette toujours.

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