A+
A-

Turbulence, discrétion et fragilité

Catégorie: Divers
classe

Ma vie de père m’a amené à découvrir des aspects étonnants du système scolaire. Chaque enfant a son parcours propre, qui lui est unique. Et à chaque enfant, le monde de l’éducation réagit à sa façon, selon des règles nécessaires, mais qui surprennent parfois. J’ai toujours été plus facilement enclin à l’empathie envers les enseignantes qu’à leur lancer la pierre. C’est une acrobatie chaque jour renouvelée que de « gérer » une classe tout en portant attention aux caractéristiques de chacun. J’admire et je respecte ces orfèvres de la vie que sont les pédagogues en action.

Ceci dit, sur la base de mon observation des choses, j’ai fini par tirer une conclusion générale : si vous souhaitez que votre enfant soit l’objet d’attention, vous avez intérêt à ce qu’il soit turbulent. Les problèmes de comportement récurrents vous assurent un accès accéléré à des professionnels, à des services complémentaires, parfois à un véritable escadron de -logues de toutes les corporations disponibles. Dans une certaine mesure, c’est plutôt normal : il faut bien mettre de l’ordre pour permettre à la classe de suivre son cours et ce, en favorisant le développement de celui ou celle qui fait du bruit. Mais c’est là précisément que réside le problème : le bruit. Il risque de faire oublier ceux et celles qui n’en font pas, mais ne vont pas bien pour autant. Ça existe des enfants discrets, mais fragiles. Se conformer ne signifie pas nécessairement s’épanouir. Il est des drames qui se jouent dans l’ombre. Tôt ou tard, les ravages seront perceptibles.

Dans le beau grand monde de la culture, le livre est le fragile discret de la classe. Certes pas très bruyant. Il est poli : il suit les règles du jeu et lève la main avant de parler. Il reste charmant, même quand il tente de se fâcher. Il prend son grabat et marche, vaille que vaille. Peu de gens s’agitent autour de son teint pâle. Pourtant, il faudra plus que des vitamines saisonnières pour assurer sa croissance et son épanouissement. L’anémie est un mal sournois qui mine lentement, inexorablement.

Quelqu’un, quelque part, aurait-il l’obligeance de nous prendre au sérieux en ne se laissant pas distraire par les plus turbulents? Un nouveau ministre de la Culture, par exemple?

(Les opinions exprimées sur les blogues de anel.qc.ca sont celles de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement l’opinion de l’Association nationale des éditeurs de livres ou de sa direction. Soucieuse de la libre opinion, l’ANEL ne corrige pas les affirmations ou déclarations des auteurs indépendants ou des commentaires qu’elles suscitent. Elle s’assure cependant que le ton des textes et commentaires demeure en tout temps respectueux.)

1 commentaire

  1. robert soulières

    pour permettre à la classe de suivre son cours… j’ai bien aimé cette phrase, toute en subtilité.

    Bien aimé aussi votre réflexion sur le livre fragile et discret. Mille bravos encore une fois, monsieur Bouchard qui trouvez toujours le mot juste et les images fortes et percutantes pour exprimer notre désarroi, celui des gens de papier.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Articles récents

Silence radio

Depuis l’automne, sans parler strictement de « silence radio » de Québec, on peut […]

L’humour transcende les générations

« Je crois qu’être drôle n’est le premier choix de personne », […]

L’édition québécoise et le monde francophone

14 juin 2017, par

Alors qu’il y a 400 ans, les explorateurs français voyaient l’Amérique comme […]