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Transports en commun

Catégorie: Divers
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La Journée mondiale du livre et du droit d’auteur (JMLDA) aura lieu le 23 avril prochain. Lisez le mot du porte-parole.

En ce qui concerne ma bonne fortune littéraire, je ne peux pas me plaindre de grand-chose, mais je vais quand même vous faire un aveu : un de mes grands rêves dans la vie était d’être assis un jour, dans le métro, dans l’avion ou dans l’autobus, à côté d’une personne qui lirait un de mes livres. Probablement parce que les dieux de la littérature n’aiment pas les égos surdimensionnés, ça ne m’est jamais arrivé. Pas une fois. Les gens qui ignorent la cruauté de mon sort, en essayant d’être gentils, tournent le fer dans la plaie. Ils me disent parfois « Heille, j’ai vu quelqu’un qui lisait ton livre dans l’autobus la semaine passée. » « J’ai pris l’avion à côté de quelqu’un qui lisait Arvida sur sa liseuse. » « J’ai eu l’air d’une vraie folle en partant à rire en plein wagon de métro au milieu d’une page hier. » À l’heure où on se parle, je suis convaincu que c’est une malédiction. Je dois payer pour quelque chose que j’ai fait dans une vie antérieure. Ou dans celle-ci, va savoir.

J’imagine que j’ai ce fétiche parce que j’ai toujours aimé regarder ce que les gens lisent dans le métro ou dans l’autobus. Ça m’a déjà attiré des ennuis. Je me penche. J’étire le cou. Je plisse les yeux. J’ai l’air de dévisager. Les gens se sentent épiés, mais, c’est plus fort que moi, je veux savoir ce qu’ils lisent. Évidemment, il y a des grands bouttes où on a l’impression que tout le monde lit la même affaire, mais il y a de ces trajets merveilleux où tout se passe sans aucune logique. Je vois une adolescente habillée tout en noir avec des piercings partout dans la figure, je me dis The Hunger Games, c’est sûr, mais elle lit L’écume des jours. Sûrement pour un cours. Ou peut-être pas. La dame à côté lit le dernier Marie Laberge, elle, c’est évident. Non, Élise Turcotte. Et sa vieille mère, assise juste à côté, lit un Patrick Senécal. Ce monsieur là-bas, qui a une tête à lire un guide d’ornithologie, lit un recueil de Kim Doré et celui qui a une tête à lire des romans d’espionnage lit Les Rêves de la mer d’Élisabeth Vonarburg. La madame un peu coquette dans son manteau pourpre ne lit pas 50 Shades of Grey, mais les Treize jours d’Emma de Marie Christine Bernard. Oh tiens, une jeune femme là-bas tient un petit livre blanc et rouge, c’est peut-être mon Quinze pour cent. Non, c’est La raison vient à Carolus de David Turgeon.

C’est n’importe quoi et c’est parfait comme ça. Ça n’a aucun sens et c’est ce que j’aime. J’aime savoir ce que les autres lisent parce que ça m’aide à aller lire ailleurs et à voir les gens autrement. On juge trop souvent les livres à leur couverture, mais s’afficher avec un livre est toujours une invitation à voir au-delà des apparences.

Photo de Samuel Archibald: Le Quartanier, Frédérick Duchesne

 

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