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TechForum 2018 : Du bon usage de la technologie et des biscuits

23 mai 2018, par
Catégorie: Divers
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Qui a dit que les événements geeks ne pouvaient pas attirer un vaste public? Avouons-le d’emblée, l’éditeur porté sur la chose numérique que je suis craignait ne pas trouver son compte en ce vendredi 23 mars, troisième journée du TechForum à Toronto. Erreur! Non seulement cette journée aura su couvrir un nombre appréciable de sujets tous plus ou moins reliés à la problématique du marché du livre à l’ère numérique, mais elle aura allumé une série d’interrogations qui, espérons-le, trouveront un écho en terre québécoise. Les clés de la réussite d’un tel événement qui en était à sa douzième édition et auquel participaient cette année quelque 300 personnes : la rigueur et l’enthousiasme contagieux de l’organisation, une solide collaboration avec plusieurs intervenants, une imposante sélection d’invités et… des biscuits. 

Si la troisième journée fut celle choisie pour s’initier au TechForum, il faut préciser que les gens présents au cours des deux premières ne furent pas en reste puisque le ebookcraft aura permis de faire une synthèse des avancées dans le domaine de l’édition numérique en plus d’offrir une journée entièrement dédiée aux ateliers de travail. L’éditeur que je suis est certes porté sur la chose numérique, mais il n’y connaît pas grand-chose. Lors d’une prochaine édition, il serait intéressant d’y déléguer une personne plus technologiquement équipée pour une virée au pays du codage. 

Un mot sur l’accueil du vendredi matin : convivial, souriant et professionnel. Pas question cependant de siffler une gorgée de café avant de s’inscrire, je fus bien averti (note à moi-même, ne jamais approcher de la table des rafraîchissements avant de m’être assuré que je ne serai pas pris pour un malotru ou, on ne sait jamais, un de ces voleurs de caféine sévissant au centre-ville de Toronto). Dûment identifié et badgé, on m’accueille avec une carte de bingo qui permettra de faire des rencontres sur un mode ludico-comique avec les autres participants. On nous offre aussi un livre mystère emballé avec soin, gracieuseté du programme Loanstars, une initiative rafraîchissante consistant à laisser un groupe de bibliothécaires cibler 10 livres prometteurs chaque mois. Si le livre ne vous plaît pas, il suffit de le déposer sur la table et de l’échanger (bookswap). Il faudrait sans doute regarder de plus près cette opération pour inclure davantage le réseau des bibliothèques au Québec.  

Dès la présentation du programme de la journée, le ton est donné. La musique accompagnant l’entrée en scène des invités est festive et le ton jovial. Autour de moi, on papote et on joue au bingo avec l’entrain de campeurs qui se revoient chaque été. Force est de constater que plusieurs participants n’en sont pas à leur premier TechForum. 

Une des forces de cet événement demeure sans doute la variété des sujets abordés (consulter ici la liste complète) sous un thème plus vaste. Cette année, dans le sillage du #metoo et au sein d’une industrie encore fortement dominée par ces messieurs, le forum s’est attardé à la place des femmes en édition et aux questions de genre ou de parité. On notera aussi une table ronde intéressante sur le livre audio et sa commercialisation, un phénomène bien établi chez nos voisins canadiens, mais qui tarde encore à s’installer dans la Belle Province. Les animations sont rondement menées et le temps file. Pendant qu’on discute métadonnées dans une salle, on s’inspire ailleurs des avancées de Bookchoice, un club lecture en ligne qui a obtenu un certain succès en Hollande et qui, tranquillement, nous force à réévaluer nos préjugés sur un hypothétique modèle Netflix appliqué au livre. Bref, le TechForum offre de tout pour tous et se veut avant tout une bougie d’allumage pour d’éventuelles initiatives numériques. 

Bientôt, une rumeur court dans l’assistance : on chuchote que les biscuits sont là. Les biscuits? Oui, les biscuits sont une tradition et rapidement, on fait la file pour mettre la main sur ces créations à saveur humoristique (l’humour a meilleur goût que les biscuits qui sont plutôt génériques, je confirme) et les partager sur les réseaux sociaux. Cette année, c’est la Servante écarlate et Francfort 2020 qui sont tendance.

Mais ne nous attardons pas sur les gourmandises, car en guise d’apéro à une conférence inspirante de Jim Stengel, c’est Noah Genner, le directeur de BookNet, qui livre, diagrammes à l’appui, un état du marché numérique. Les résultats sont fort intéressants et pourront nourrir bien des discussions (faites-vous plaisir en consultant la présentation ici) et forcer une réflexion sur les enjeux de la propriété intellectuelle (le piratage est-il un véritable problème?). Il faut bien avouer que l’avantage de Booknet, fort d’une manne statistique aussi précieuse qu’essentielle, est ici indéniable et le manque de données sur notre industrie apparaît dans toute sa triste pauvreté. Fin de l’éditorial.   

Suivra un cocktail où les derniers joueurs de bingo s’activeront autour d’un verre pour compléter leur carte et remporter une épinglette (encore une chouette initiative). Mission réussie, donc, pour ce TechForum qui devrait inspirer les éditeurs québécois. Le dialogue presque inexistant entre les institutions de recherche qui se penchent sur la question du numérique en culture est navrant et c’est précisément en participant activement à des journées de réflexion comme celles orchestrées par BookNet que l’on pourra enfin prétendre à une nouvelle vision de l’édition numérique. À quand un événement semblable au Québec? La question est lancée et si les sujets de débats ne manqueront pas (on note sous nos latitudes encore une méfiance ou un pessimisme ennuyé face au développement du livre numérique), nous pourrons toujours régler nos comptes en dégustant un biscuit.  

On peut revoir toutes les conférences du TechForum ici.

 

2 commentaires sur “TechForum 2018 : Du bon usage de la technologie et des biscuits

  1. Gilles Herman

    Paresse ou incompréhension ? J’avoue bien sincèrement ne pas savoir quoi faire avec les statistiques que j’engrange de Google Analytics, Facebook, Twitter, Instagram, pic et pic et colégram.

    Répondre
  2. Clément Laberge

    Texte vraiment très intéressant — et je me réjouirais qu’il contribue à susciter de l’intérêt pour un événement semblable au Québec (en marge d’un Salon du livre renouvellé? Qui sait?).

    Seule bémol: je pense qu’il faut sortir du mythe du «manque de données sur l’industrie québécoise» et se donner la peine d’utiliser les données existantes — d’en faire collectivement une analyse stratégique en y consacrant les ressources nécessaires.

    Je pense qu’un certain manque d’intérêt pour les données cache trop souvent ce qui peut être plutôt une forme de paresse (j’ose l’amicale provocation) dans l’analyse des chiffres existants.

    (Ok, je range mon café et vais me faire une tisane — promis!)

    Répondre

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