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Retour d’Haïti

22 janvier 2013, par
Catégorie: Divers
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Sur invitation de l’ANEL, j’avais le privilège, en décembre dernier, de faire partie de la petite délégation dépêchée en Haïti pour préparer le terrain des « Rencontres (littéraires) québécoises » qui doivent se tenir à Port-au-Prince en mai prochain. Conduite par Rodney Saint-Éloi (Mémoire d’encrier) avec le concours de Line Richer (consultante, ex-directrice des Correspondances d’Eastman), la délégation réunissait les directeurs de l’ANEL (Richard Prieur), de l’UNEQ (Francis Farley-Chevrier) et de la SODEC (Gilles Corbeil). Je représentais pour ma part les éditeurs francophones de l’extérieur du Québec, en tant que président du RECF.

Même si je ne savais pas trop à quoi m’attendre – ni, d’ailleurs, quelle contribution je pourrais avoir à cette mission -, je me doutais bien que ce ne serait pas un voyage anodin. Comme mes collègues, j’étais un peu anxieux de voir comment Haïti se relevait du tremblement de terre, près de trois ans après la catastrophe; et je me demandais, même, si venir parler de livres, d’édition et de littérature, n’était pas un peu déplacé alors que les besoins de base étaient vraisemblablement encore criants.

Cette réalité nous a à vrai dire saisis dès la sortie de l’aéroport. Obligés de nous frayer un chemin au milieu de la cohue – en essayant de ne pas perdre de vue nos valises -, nous sentions bien que nous atterrissions dans un pays meurtri. Le trajet de l’aéroport à l’hôtel, qui nous faisait traverser Port-au-prince, nous a permis de constater la pauvreté ambiante et de voir aussi les nombreuses cicatrices, encore palpables, du séisme. Durant tous les jours suivants, nous avons eu bien des occasions de refaire ces observations en circulant à travers la ville. (Voir les photos postées par Line Richer sur sa page facebook.)

Dans ce contexte, évidemment difficile, la mission qui nous réunissait aurait pu être déprimante. Elle a été tout au contraire non seulement très plaisante, mais surtout très instructive et très stimulante. Grâce, il faut dire, à la présence de Rodney qui était en mesure d’ouvrir toutes les portes, nous avons  fait en l’espace de quelques jours un nombre incroyable de rencontres avec des gens de tous horizons - ministres, fonctionnaires, éditeurs, libraires, écrivains, animateurs culturels, professeurs de français, … -, chacun nous apportant un éclairage différent sur la situation du livre et les difficultés comme les possibilités existantes.

Bien sûr, certaines de ces rencontres restent davantage mémorables, comme la soirée passée chez le grand artiste et écrivain Frankétienne (à parler de politique, de séisme et… de prix Nobel!) ou encore la soirée de lecture animée par Lyonel Trouillot (autre écrivain majeur) dans un petit centre culturel de quartier autour de « la question de couleur » (avec la participation de Gary Victor, Emmélie Prophète et d’autres écrivains). Mais partout, même chez les ministres, nous avons senti un grand enthousiasme pour le projet, en même temps qu’un incroyable dévouement et une volonté d’agir pour favoriser la circulation des livres et faire de la littérature un élément de fierté nationale.

Tout cela confirme donc (s’il le fallait) la pertinence de ces « Rencontres québécoises » que Rodney Saint-Éloi organise avec le concours de l’ANEL, de l’UNEQ et de la SODEC. Que ce soit en provoquant des échanges entre écrivains, en favorisant le partage d’expériences professionnelles ou en réalisant des projets d’animation autour des livres, ces rencontres devraient contribuer à jeter des ponts, qu’on voudrait certainement plus forts et durables, entre nos deux cultures, par-delà les kilomètres, les degrés de température ou encore les réalités sociales et économiques qui nous séparent.

En tant que membre non-québécois de la délégation (sujet de taquinerie au cours de la mission), je fais seulement le vœu que puisse s’ajouter à ces rencontres une composante franco-canadienne qui permettrait aussi d’inclure dans ce rapprochement les éditeurs et écrivains francophones… du ROC !

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