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Poésie, théâtre et dédoublement

Catégorie: Divers
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N’étant pas éditeur de poésie, je puis me permettre à peu près tous les énoncés de bonnes intentions ; n’étant pas vraiment éditeur de théâtre (le travail, le vrai travail étant du ressort de la directrice de la collection “L’instant scène”, Chantal Poirier), je dispose à peu près de la même latitude. Entendez ma complainte : “On redoute à tort la poésie et le théâtre !” Ce qu’il ne faut pas démontrer – mais corriger.

Il est notoire que dans le vaste champ éditorial, la littérature occupe un territoire dont on craint actuellement qu’il ne soit marginalisé par ce qui est accompagné du sceau de l’utilité. Que le livre, peu importe sa résolution technologique, soit et demeure le lieu d’accueil des monographies, des thèses, des domaines pratiques (j’ai aménagé le sous-sol de la maison, à partir d’un manuel), de la cuisine, qu’il soit le creuset à la fois de l’action, de la pensée et de l’art de la parole, voilà qui réjouit l’être multiple que je suis et que vous êtes, du moins si vous vivez au xxie siècle. Je parle pour moi : étudiant, citoyen, promeneur, voyageur, professeur, amoureux, péteux de broue, je n’ai pu polir en son temps chacune de ces facettes que parce que j’étais avant tout un lecteur ; binoclard et dur de la feuille, j’ai beaucoup appris de la nuit, du jour, des images, des couleurs et des sons parce que j’ai lu.

Ce que je sais de moi se situe parfois dans l’écart entre un texte dramatique et sa représentation. Ce que je sais du théâtre se situe dans l’écart entre le type d’images qui se forme en moi devant un texte de théâtre et celles, plus familières, qui naissent d’une nouvelle, d’un roman. Le théâtre me fait en quelque sorte vivre en stéréophonie : quelqu’un sur une scène dédouble quelque chose en moi. De retour à la maison, il me reste le livre, une réplique, un peu d’encre sur une page, que j’insère dans une bibliothèque, ce territoire ami. J’étais Treplev, le jour où j’ai rangé La mouette de Tchekhov ; trente ans plus tard, je me suis reconnu en Trigorine.

Par le vers, la poésie se place au plus profond de la respiration. Je parle pour moi : je ne survis que dans l’échange de l’inspiration et de l’expiration ; je ne peux vivre que si, de temps à autre, je trouve à faire mien un vers (forcément d’un autre), c’est-à-dire à le placer partout, dans le souffle, dans les jambes, dans le paysage dans lequel je m’insère. Depuis une quarantaine d’années, certains vers me traversent comme si la foudre s’évertuait à frapper chaque fois au même endroit – le cœur, ça va de soi. Inspiration : le grand mot ! Expirer : je préfère retenir mon souffle…

Lorraine Pintal et Michelle Chanonat, Catherine Pion, Sandra Felteau, Alice Liénard, Rodney Saint-Éloi et Raymond Bertin, René Paquin, Caroline R. Paquette, Josianne Desloges vous attendent dans les pages suivantes. Allez-y voir : il s’y trouve des duos, des propositions, un portrait d’ensemble de deux domaines éditoriaux d’une grande vitalité ici et maintenant. Si vous aviez pris vos distances avec le théâtre écrit et la poésie, vous y verrez de la littérature qui palpite.

Étant éditeur de littérature, je peux à peu près tout dire ce qui est de nature à la soutenir, à défaut de quoi je ferais mieux de changer de métier.

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