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Pas besoin de lire pour être riche?

Catégorie: Divers

Le Québec est advenu à la modernité en peu de temps. En gros, de l’après-guerre à la fin des années 60, avec un sérieux coup d’accélérateur entre 1959 et 1968. Les structures d’un État digne de ce nom se sont vite mises en place. Le système d’éducation s’est structuré et l’enseignement s’est «professionnalisé». Pour la première fois dans notre histoire, la loi sur l’instruction obligatoire a été appliquée et respectée. L’économie, elle, s’est déployée sur l’ensemble de son spectre, de l’exploitation des richesses naturelles jusqu’au commerce de détail, en passant par la mise en place d’une fonction publique importante qui a contribué à la croissance des revenus des individus. En quelques décennies, le niveau de vie s’est élevé de beaucoup; la pauvreté a reculé de façon significative. Il est aujourd’hui difficile d’imaginer ce qu’était la société québécoise d’il y a à peine 50 ans alors que nous jouissons maintenant du confort de la modernité (oui, oui, je suis conscient qu’il y a encore de graves inégalités économiques et des injustices sociales).

Il y a une autre façon de raconter cette histoire, celle que l’on peut faire du point de vue culturel. Jusque dans les années 50, les lettrés (et je ne parle pas d’érudition) comptaient pour une petite frange de la population. La majorité des gens quittaient l’école pour ajouter à la force de travail agricole ou industrielle (ma mère a commencé à travailler à 14 ans dans la confection d’habits militaires). Tôt après la Deuxième guerre, seuls 16 % des élèves complétaient un diplôme post… primaire! Évidemment, il ne faut pas en conclure que 84 % des gens étaient illettrés! Toutefois, c’est dire que peu de gens avaient accès aux sources écrites de la culture et de la pensée. En fait, la radio a nourri la soif de connaître, de s’informer et de se divertir de la population. Et, dès le milieu des années 50, la télé s’y est ajoutée. Bien des observateurs affirment que c’est la radio et la télévision qui ont fait le Québec moderne, en ont préparé la venue et en ont tissé l’identité culturelle. Nous ne sommes pas une nation qui s’est construite massivement sur la culture de l’écrit. À mes yeux, ce n’est pas un jugement de valeur : c’est un fait.

Conclusion, même plus de cinquante ans après la scolarisation systématique, nous traînons un lourd déficit culturel de la lecture et du rapport à la culture écrite. Nous n’avons pas d’inscrits dans nos gènes culturels que l’écrit et la lecture sont des vecteurs de structuration de l’identité individuelle et collective; et des facteurs d’enrichissement. Et qui pourrait le reprocher à qui que ce soit? Nous sommes arrivés si vite à l’aisance et au confort contemporain par d’autres chemins. D’aucuns ont beau jeu d’affirmer qu’on n’a pas besoin d’avoir lu pour faire de l’argent. Vrai.

Mais est-ce là un indice que nous avons vraiment évolué?

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