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Décès de Gaëtan Lévesque (1948-2017), ancien président de l'ANEL : lisez les témoignages

Le 20/03/2017

C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris le décès de Gaëtan Lévesque, ancien président de l’ANEL (2008-2009).

Fondateur, en 1985, d’XYZ éditeur et d’XYZ. La revue de la nouvelle. Il a occupé aussi le poste d’adjoint au directeur de la revue de l’actualité littéraire, Lettres québécoises. Une panoplie d’organismes du secteur de l’édition ont également pu compter sur sa passion et son expertise. En 2010, il a fondé Lévesque éditeur où il occupait le poste d’éditeur et de directeur littéraire.

Pour souligner l’apport de ce défenseur de la littérature québécoise, l’ANEL vous propose ici quelques témoignages de collègues et amis.

Nicole Saint-Jean, présidente de Guy Saint-Jean éditeur et présidente de l’ANEL

«Gaëtan,

J’ai connu Gaëtan il y a au moins une bonne vingtaine d’années, alors que nous siégions tous les deux au sein du Conseil d’administration de l’ANEL. Cela nous a amenés à faire équipe avec Robert Soulières, pour élaborer et donner une formation sur le « Métier d’éditeur » dans le cadre du programme de perfectionnement de l’ANEL. Pendant 8 ans, nous avons initié ensemble une centaine de personnes aux facettes complexes de tout ce qu’un bon éditeur doit maîtriser. Gaétan couvrait, entre autres, l’aspect « production ». La conception qu’il avait au sujet des qualités d’un correcteur m’avait particulièrement marquée : « un bon correcteur d’épreuve ne doit pas savoir ce qu’il lit », disait-il. Malgré mon étonnement, il m’avait fait comprendre (ainsi qu’à bien d’autres) que si un correcteur s’attarde au sens du texte, il serait distrait et risquerait de manquer beaucoup de coquilles! J’avais ainsi découvert à quel point Gaëtan était un éditeur qui soignait ses textes et qui portait une attention primordiale à la qualité.

Comme éditeur, Gaëtan a contribué à faire émerger des voix qui deviendront grandes…

Comme président de l’ANEL, il aura su instaurer des structures et des processus qui conditionnent encore l’association et qui serviront à donner les bases au grand professionnalisme qui la caractérise aujourd’hui. Il a aussi accepté d’assumer les fonctions de président de l’association à un moment difficile, et il a donné de son temps et de ses énergies à plusieurs dossiers qui ont servi la collectivité.

Gaëtan était un homme attachant : d’une très grande sensibilité et d’un grand humanisme. Il était un passionné de littérature; un véritable artiste.

Gaëtan était un homme de principes et d’une grande droiture. Il ne faisait aucun compromis sur le respect du travail de l’écrivain et sur la qualité littéraire des textes qu’il choisissait.

Il était aussi très transparent : lorsqu’il ne vous aimait pas; vous le saviez. Et lorsqu’il vous aimait, vous le saviez aussi! Aucune place pour l’ambiguïté!

Pour toutes ces qualités, j’aimais beaucoup Gaëtan.

Je garderai toujours un souvenir impérissable de toi, Gaëtan. »

Jean-François Bouchard, directeur de l’édition aux Éditions La Presse et président de l’ANEL de 2012 à 2014

« Deux souvenirs personnels, parmi tant d’autres.
1) Lors de l’assemblée générale annuelle de l’ANEL, en septembre 2012, arrivent les élections au CA. Comme le prévoit le Règlement général, la procédure commence par l’élection à la présidence. Le président d’assemblée ouvre la période des mises en candidature. Suit un silence qui m’a paraît interminable. Tout à coup, la voix feutrée si caractéristique de Gaëtan Lévesque se fait entendre: « Je propose la candidature de… » Ainsi a commencé ma présidence. Par la proposition d’un ancien président, un homme de lettres pour qui j’avais du respect et de l’affection. J’étais fier que ce soit lui, le littéraire pur jus, pour moi qui ne viens pas de cet horizon éditorial. Le symbole était fort. J’en ai conservé une attention soutenue aux littéraires tout au long de mon mandat.
 2) Été 2016. Un jour de juillet, il fait un temps radieux. Rencontre autour d’une bonne table. Nicole Saint-Jean, Richard Prieur et moi-même souhaitions ardemment vivre cette rencontre amicale autour de Gaëtan, avant que la maladie ne la rende impossible. Personne ne se faisait d’illusion sur l’issue finale, surtout pas lui. C’était un jour où l’énergie était au rendez-vous. J’en garde aujourd’hui un souvenir ému. Bonne chère, le vin blanc (évidemment), une conversation en vérité, beaucoup d’humour. Et ces dernières minutes au moment des au-revoir, dont on sait qu’ils peuvent être sans retour. Dans ma mémoire la toute dernière image: un homme amaigri, mais debout, un sourire mélancolique au visage.
Salut à vous, Monsieur le président! »

Richard Prieur, directeur général de l’ANEL

« Il ne l’était plus, mais j’avais gardé l’habitude de l’appeler mon président, car il avait conservé ce calme qui l’habitait lors des quelques rencontres du conseil que je l’avais vu présider. Nous avions en commun l’UQAM, le module littéraire, ses collègues à l’enseignement qui m’avaient inconsciemment inoculé ce virus qui tôt ou tard me ramènerait au livre. Plus tard que tôt, j’avoue. Je suis arrivé à l’ANEL sous sa présidence et je dois admettre qu’il a fait preuve d’audace, de courage ou de folie d’entériner la nomination d’un relationniste sportif au poste de directeur général de son association. Mais il m’aura permis de retrouver enfin ma véritable famille. Merci mon cher président! »

Pascal Assathiany, directeur général des Éditons du Boréal et président de l’ANEL de 1998 à 2000

« Discret, fin, cultivé, obstiné voilà quelques-unes des qualités de Gaëtan Lévesque. Elles lui ont permis de mener à bien son métier d’éditeur de littérature dans un environnement de plus en plus difficile. Il faut saluer sa réussite à la tête non pas d’une, mais de deux maisons d’édition.

Un autre de ses secrets: la capacité de s’attacher les auteurs grâce à une complicité intellectuelle et de leur rester fidèle. On dit toujours que le cerveau d’un éditeur doit être divisé entre un hémisphère financier/commercial et un hémisphère artistique/littéraire, dans le cas de Gaëtan on peut dire sans se tromper que son hémisphère artistique était très développé.

Salut Gaëtan ! »

 Pascal Genêt, directeur général XYZ éditeur

« C’est avec tristesse que les Éditions XYZ ont appris le décès de Gaëtan Lévesque, emporté par la maladie. Avec son départ, la maison perd un de ses fondateurs et le milieu de l’édition, une des figures les plus importantes des dernières années.

[…] En 2009, Gaëtan et André décident de vendre la maison au Groupe HMH. Cette décision difficile sera l’occasion d’un nouveau départ et le début d’une belle aventure avec la création, à l’automne 2010, de Lévesque Éditeur.
Homme de conviction, discret, intellectuel et gestionnaire rigoureux, Gaëtan Lévesque a publié de nombreux articles et nouvelles dans différentes revues et publications. En qualité qu’auteur, il s’est intéressé à créer des ponts entre le Québec et l’Amérique latine en publiant de nombreuses anthologies de nouvelles, notamment l’Anthologie de récits vénézuéliens contemporains et Antología de cuentos quebequenses en el fin de siglo (1987-2000).
Les Éditions XYZ présentent leurs condoléances à la famille, aux amis et aux auteurs qui ont eu la chance de côtoyer Gaëtan Lévesque, plus particulièrement à Jacques, son conjoint depuis plus de quarante ans. »

De haut en bas : Gaëtan Lévesque, Ginette Beaulieu, Hélène Girard, Kathryn Taylor, Lucie Ouimet, André Vanasse, Benoît Marion et Alexandre Vanasse. Crédit photo : Danielle Bérard. 1994

De haut en bas : Gaëtan Lévesque, Ginette Beaulieu, Hélène Girard, Kathryn Taylor, Lucie Ouimet, André Vanasse, Benoît Marion et Alexandre Vanasse. Crédit photo : Danielle Bérard. 1994

Louis-Philippe Hébert, éditeur aux Éditions de La Grenouillère

« Mon ami Gaëtan Lévesque est mort. C’est un grand éditeur qui vient de nous quitter. Avant-hier soir, 18 mars, Gaëtan Lévesque qui nous a donné Lévesque éditeur, et qui a été à l’origine de la maison d’édition XYZ qu’il a codirigée, depuis les premières heures jusqu’à il y a quelques années, ainsi que cofondateur de la revue du même nom, est allé rendre visite au Grand Auteur.
Il y a six ou sept ans, il a fondé Lévesque éditeur. Gaëtan voyait en personne à la Collection « Réverbération ». Comme à tout le reste d’ailleurs. Son fidèle assistant et conjoint, Jacques Richer, le sait encore plus que moi. J’ai pu l’observer durant les salons. Nos stands étaient toujours côte à côte. Il connaissait tout le monde. Tout le monde le connaissait. Pourtant il demeurait un homme discret.
Nous avons mis avant midi, ce jour-là, la dernière touche (et apporté l’une des multiples retouches) à Un homme discret, roman qui paraîtra dans la collection « Réverbération ».
Jacques Richer qui a vu à la production et qui prend la relève à la tête de la maison d’édition, Régis Normandeau à la barre de l’infographie, sans oublier Daniel Guénette et David Clerson pour les commentaires judicieux, les révisions et les corrections qui l’ont été tout autant, Diane Paquin pour les photos, et moi-même à titre d’auteur, nous avons tous travaillé très fort à ce livre.
C’est avec un bonheur empli d’émotion que nous avons terminé, quelques heures avant la mort de Gaëtan, ce qui aura été son dernier livre. Au-delà du chagrin immense, c’est la vie qui continue. La maison qui porte son nom continue sous la direction du très expérimenté Jacques Richer : le livre est à l’imprimerie ; les auteurs continuent d’écrire, et le Grand Auteur n’a qu’à bien se tenir : Gaëtan Lévesque éditeur, c’est une grande maison d’édition, d’une grande exigence tout en étant d’une grande délicatesse. Un homme discret, titre à l’image de son fondateur, lui est dédié. Le livre sera lancé au Salon du livre de Québec en avril. Lévesque éditeur est toujours vivant. »

Josée Bonneville, Éditions Les heures bleues

« C’est avec tristesse que j’avais appris la maladie de Gaëtan, il y a déjà un certain temps, et c’est avec une égale tristesse que j’apprends maintenant son décès. J’ai côtoyé Gaëtan pendant un an et demi, chez XYZ, soit de septembre 2007 à décembre 2008, jusqu’à ce qu’il décide d’emprunter un nouveau chemin après la vente de la maison au groupe HMH.

Ce qui m’a d’abord frappée chez lui, quand j’ai commencé à travailler chez XYZ, c’est le sérieux avec lequel il effectuait son travail et son grand souci de l’ordre; je me demandais comment il arrivait à ne jamais rien laisser traîner sur son bureau!  J’ai par la suite rapidement compris qu’il était un bourreau de travail, déjà assis devant son ordinateur quand j’arrivais à 9 heures et toujours là quand je partais à 17 heures.  C’est donc cette image de lui qui me vient spontanément à l’esprit quand je pense à lui. Mais il y en a d’autres et particulièrement celle-ci, qui me fait encore rire : Gaëtan en train d’essayer de convaincre un employé de l’Hôtel Le St-James, où avait eu lieu un lancement, d’acheter des livres XYZ pour remplir les étagères presque vides de la bibliothèque de l’hôtel!  Gaëtan était un homme sérieux qui avait beaucoup d’humour.

J’offre toutes mes sympathies à sa famille et à ses amis et plus particulièrement à Jacques. »

Gaston Bellemare, Festival International de la Poésie et président de l’ANEL de 2004 à 2008 et de 2010 à 2012

« Éditeur de haut niveau tant par son humaine fidélité d’accompagnement de ses auteur-e-s que par la rigueur de lecture et la qualité des romans et livres de nouvelle édités, il n’aura laissé publier qu’une seule mauvaise nouvelle : son décès. Mais  ce fut une très grande nouvelle pour lui : fin d’une trop longue souffrance médicamentée.

Il fut un compagnon de grande classe lors de mes 6 années de présidence de l’ANEL. Je lui ai rendu cet appui lors de ses années de présidence. Nous y avons aussi siégé ensemble, à divers titres, pendant au moins 10 autres années.

Je sais, parce qu’une riche amitié nous liait depuis plus de 25 ans, que nos rencontres au Delta ou au Novotel ou à Paris me manqueront.

Mais je sais aussi, qu’il était un  grand amoureux  et qu’il manquera  éternellement à  Jacques, son compagnon de vie.

Merci Jacques, de ces rencontres avec Gaëtan au cours de la dernière année. Maryse t’embrasse.

Aussi, Gaëtan le planificateur a – j’en suis sûr – fort bien organisé  la suite de sa maison d’édition. Tout comme, il a souvent discuté avec moi du Festival International de la Poésie et des Écrits des Forges.

Merci Gaëtan de ton amitié sincère et  profonde.  Je crois que le mieux que j’ai à faire, en ce moment de blessure au cœur, c’est de te retrouver là où tu habites dans mon monde intérieur pour retrouver, bien égoïstement, la chaleur de ton amitié et t’y garder bien vivant. »

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