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Nous ne sommes pas des salonnards

Catégorie: Divers
Montréal

J’aime ce mot évacué du vocabulaire courant depuis longtemps. Aujourd’hui, on lui préfère snob, arriviste, prétentieux, voire parvenu. Étaient salonnards ceux et celles qui avaient le privilège de fréquenter le plus grand nombre possible de salons privés où se côtoyait jadis la société des gens de bien, où s’édifiaient les carrières et s’effondraient les réputations, et réciproquement. C’est Proust qui disait que les salons se démarquaient par la liste de ceux qu’ils excluaient plus que par ceux qui y étaient admis… Les salons littéraires, emblème mythique du XIXe siècle, n’échappaient pas à la glorieuse dynamique sociale du temps. « Cercles », c’en était certes, souvent plus fermés que littéraires.

Cette semaine s’ouvre le Salon du livre de Montréal, grand rendez-vous culturel annuel dans la région métropolitaine. Je m’amuse de voir que le mot salon est accolé à cet événement qui est tout, sauf mondain, fermé ou élitiste. Il faut voir les vagues d’enfants et de jeunes envahir les stands par milliers chaque jour. Le défilé des poussettes-Hummer utilisées comme arme offensive pour se frayer un chemin dans les allées bondées du week-end. Les couples de retraités qui se dépêchent lentement pour ne pas avoir le temps de tout voir. Les exposants qui ont mal aux pieds à la fin de la journée. Les professionnels qui causent au hasard des rencontres. Les auteurs attablés dans l’attente d’un premier lecteur timide. Écrivains d’ici et d’ailleurs se croisant au détour d’une allée et s’offrant un exemplaire de leur dernier opus. Somme toute, un joyeux bouillon de vie dont le livre est l’objet et le prétexte.

Cela étant, le beau succès populaire de cet événement ne doit pas masquer le fait que, encore aujourd’hui, des gens n’osent pas franchir le seuil du salon. Pour des raisons de toutes sortes, ils estiment que ce n’est pas pour eux. Il nous appartient de les convaincre que, non, nous ne sommes pas des salonnards.

 

(Les opinions exprimées sur les blogues de anel.qc.ca sont celles de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement l’opinion de l’Association nationale des éditeurs de livres ou de sa direction. Soucieuse de la libre opinion, l’ANEL ne corrige pas les affirmations ou déclarations des auteurs indépendants ou des commentaires qu’elles suscitent. Elle s’assure cependant que le ton des textes et commentaires demeure en tout temps respectueux.)

 

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