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Mon baptême de la Foire du livre de Bruxelles

1 mars 2016, par
Catégorie: Divers
Foire_Bruxelles

L’invitation de dernière minute lancée par Québec Édition pour la Foire du livre de Bruxelles ne pouvait mieux tomber. Ce déplacement, soutenu par Québec Édition grâce à une subvention du Fonds stratégique international du Conseil des arts du Canada, allait me permettre de promouvoir mon recueil de nouvelles Quand j’étais l’Amérique (Quai no5), paru il y a bientôt deux ans, mais mon tout nouveau roman, Les sanguines, (Alto) paraîtrait juste à temps pour entrer, in extremis, dans mes valises. C’est donc accompagnée d’une trentaine d’exemplaires de mon livre tout chaud que je partais direction Bruxelles, pour ma première expérience de foire internationale.

À peine trois mois après les attentats de Paris qui ont placé la capitale européenne dans la mire des médias, et en particulier le quartier de Molenbeek, considéré comme une plaque tournante belge du terrorisme islamiste, l’ambiance serait peut-être morose, pensais-je. Je me trompai. Reçue le soir de mon arrivée à la librairie TULITU, charmant refuge dédié à la littérature québécoise inauguré il y a un an par Ariane Herman et Dominique Janelle, ambassadrices passionnées si il en est, je fus agréablement surprise par l’atmosphère joyeuse de la soirée. Flottant dans les vapes du décalage horaire, je fus accueillie par un comité des plus chaleureux et quelques lecteurs qui m’écoutèrent parler pour la première fois de ce roman nouveau-né. Une certaine Françoise, habituée de la librairie, m’accosta à la suite de la discussion pour me dire que je l’avais convaincue d’acheter mon livre, malgré que le cancer (thème abordé par mon roman) soit encore pour elle un sujet délicat. Lorsqu’elle me revint à la Foire, deux jours plus tard, pour me remercier de l’avoir garder éveillée en pleine nuit avec mon roman qu’elle recommanderait à ses amis, je dus admettre que cette rencontre valait les kilomètres parcourus avec ma pile de livres. Oui, le voyage valait cette lectrice qui me découvrait grâce à deux merveilleuses libraires et quelques uns des mots que je livrai dans le brouillard d’une très, très longue journée passée entre Montréal et Bruxelles.

Le lendemain, à la soirée d’inauguration de la Foire, mon sentiment se confirme. Il règne ici une énergie réjouissante et électrique et le stand de Québec Édition semble piquer la curiosité de beaucoup d’exposants et d’auteurs. Les jours suivants (jeudi et vendredi), la Foire ne connaît pourtant par un grand achalandage, faisant même dire à des Français croisés sur le lieu que c’est à cause de sa proximité avec Molenbeek, ce quartier faussement qualifié de banlieue dangereuse. En effet, Tour et Taxis, qui accueille la Foire, se trouve à quelques mètres de cette commune qui n’est pas une banlieue mais un quartier jouxtant le centre-ville. Je refuse cependant ce raisonnement que je prends pour un raccourci. Les Belges que je croise ne paraissent nullement paralysés par les événements de novembre, malgré le traumatisme causé par la journée où Bruxelles fut placée au niveau d’alerte terroriste maximal, fait qui n’est pas à banaliser. Assiégée par des tanks de l’armée, la ville verra ses écoles, son métro et plusieurs de ses commerces fermés ce jour-là, m’a raconté Ariane Herman, qui choisira plutôt d’ouvrir sa librairie et de recevoir tous les gens qui ne travaillent pas, pour résister à la paranoïa collective.

Dès le samedi matin, et ce durant toute la fin de semaine, le nombre record de visiteurs à la Foire vient me donner raison. Les Bruxellois sortent en masse, profitant de la gratuité de l’événement, une première cette année. Il paraît qu’une personne sur trois vient à la Foire pour la première fois, ce qui laisse croire que l’accès gratuit rallie effectivement de nouveaux venus, sans doute issus de milieux moins favorisés qui ne côtoient pas tous les jours les livres. Quelle belle initiative ! La gratuité pour les foires et les salons du livre m’apparaît soudain comme une évidence. Pourtant, ce n’est pas le cas. Et pour faire mentir ceux qui croyaient que les attentats freineraient les Bruxellois à visiter la Foire, ce flux de nouveaux publics me rend particulièrement heureuse. Tout comme moi, plusieurs Bruxellois vivent leur baptême de la Foire belge, qui vibre d’une ambiance conviviale à faire fuir tous les trouble-fêtes et autres peureux qui croient que c’est en restant chez soi qu’on évite le danger. Le danger c’est l’apathie, le repli, l’enfermement, le contraire du vent qui soufflait cette année sur la Foire du livre de Bruxelles!

 

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