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Mission à Buenos Aires

Catégorie: Divers
Foire_Buenos_Aires

Nous célébrons cette année le 40e anniversaire des Éditions du remue-ménage. Question de faire les choses en grand, nous avons prévu une série d’activités hors de notre traditionnel sillon éditorial, avec la volonté de faire voyager davantage nos livres et de prendre plus de risques qu’à l’habitude – si tant est que l’édition féministe n’est pas déjà, en soi, un risque constant.

Notre participation récente aux salons du livre de Paris et de Port-au-Prince nous aura permis d’observer une fois de plus l’incontestable regain d’intérêt pour la pensée féministe. L’occasion d’aller voir comment cet intérêt se manifeste chez nos collègues du cône Sud était trop belle. Sans compter que la simple idée de débarquer dans la capitale porteña avec une bande d’éditeurs québécois rendait le projet particulièrement truculent.

Connaissant très bien l’Argentine pour y avoir mis les pieds maintes et maintes fois, je n’y étais pourtant jamais allée en qualité d’éditrice. J’avais pour mission de rencontrer des maisons sœurs dont les préoccupations littéraires, politiques et artistiques rejoignent les nôtres, de faire connaître le Remue et ses livres et enfin, de débusquer des œuvres féministes pour une éventuelle traduction française. À dire vrai, je n’imaginais pas que l’expérience s’avérerait emballante à ce point.

On dit de la Feria Internacional del Libro de Buenos Aires qu’elle est l’événement culturel le plus important d’Amérique latine. Elle se tient à «la Rural» durant trois semaines, dans le chic quartier Palermo au nord de la ville. Lieu paradoxal pour un tel événement, sachant qu’il appartient à la Sociedad Rural Argentina, un club sélect fondé en 1866 par de riches propriétaires terriens et qui a maintenu au fil du temps un ascendant politique considérable (son histoire est mêlée à celle des dictatures successives et à l’extermination des autochtones, entre autres faits d’armes).

Lors de mes rencontres avec des maisons d’édition engagées, spécialisées dans l’essai et les sciences sociales, dont Siglo XXI et Biblos, j’ai été étonnée de compter dans leurs catalogues autant de titres sur les questions de genre, dont un ouvrage passionnant sur l’histoire du militantisme trans au Brésil et en Argentine. Du côté des éditeurs littéraires, j’ai été particulièrement enchantée par les éditions Eterna Cadencia qui, en plus de publier une auteure phare et militante queer, tiennent une magnifique librairie. Notons au passage que les librairies de cette ville sont époustouflantes. Notre joyeux groupe d’éditeurs les a visitées l’une après l’autre, et ce fut là un moment marquant du séjour.

Contre toute attente, j’ai rencontré nos homologues argentines lors d’une balade dans la cour arrière du pavillon des États-Unis (littéralement). Le stand Todo libro es político réunissait pour une deuxième année quelque 6000 livres de 21 éditeurs engagés, dont Milena Caserola, Hekht, Madreselva et Tinta Limón. C’est en se regroupant qu’ils réussissent à amortir les coûts de location, tout en offrant au public une autre foire dans la foire. J’ai particulièrement apprécié la réflexion et l’audace de ce collectif qui a choisi de ne pas déserter ce méga événement littéraire, mais plutôt de l’investir massivement, à sa façon.

Les livres féministes ont définitivement la cote en Argentine depuis quelque temps. Certains éditeurs se l’expliquent mal, y voient un effet de mode, alors que d’autres s’en réjouissent (et nous avec!). Il faut dire que la mobilisation monstre #Niunamenos contre les féminicides a donné naissance à une nouvelle génération de féministes hautement politisées, n’étant pas sans évoquer un certain printemps 2012 qui a agi ici aussi comme un catalyseur.

Bref, je me considère comme privilégiée d’avoir représenté l’édition québécoise à Buenos Aires en avril dernier et d’avoir pu partager cette aventure avec les intrépides collègues de chez Lux éditeur, Les 400 coups, Groupe HMH, La Pastèque, Annika Parance et Chouette, sous l’œil vigilant de Piedad Saenz.

La mission à Buenos Aires s’est déroulée du 17 au 24 avril 2016. [Organisée par Québec Édition, la mission à Buenos Aires a bénéficié du soutien de Patrimoine canadien, de la SODEC et de la Foire du livre de Buenos Aires.]

 

1 commentaire

  1. Louise Desjardins

    Compte rendu très intéressant et vivant de votre participation au Salon du livre de Buenos Aires qui m’a fait revivre mon passage dans les librairies de cette ville! Surtout Eterna cadencia, un lieu culte, tout comme la grandiose El Ateneo, sur Santa Fe. Merci!

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