A+
A-

Maintenir sa vision d’éditeur

11 novembre 2014, par
Catégorie: Divers
Unknown-1

Voici une 2e partie à mon texte paru l’an dernier sur ce blogue suite à notre expérience à Bologne. À cette foire prestigieuse, nous avions, La Pastèque, remporté deux prix Ragazzi à notre grande surprise, dont celui du meilleur éditeur jeunesse en Amérique du Nord. Dans la foulée des ces succès, notre performance en ventes de droits et exportation a sensiblement augmenté. Ce qui a formé une réflexion importante sur les clés pour se démarquer et percer dans les marchés étrangers.

En effet, on réfléchit beaucoup sur le potentiel d’exportation de nos titres et nos stratégies pour y arriver. Depuis quelques années, nous avons développé un catalogue jeunesse bien propre à notre vision de l’album. Cette vision n’était nullement réfléchie sur des bases exportables et rapidement nous avons vécu plusieurs frictions avec notre agente qui représente nos titres jeunesse. En effet, rapidement nos choix éditoriaux ont représenté des écueils pour les éditeurs étrangers : forte pagination, formats atypiques, style d’illustrations. Je peux citer en exemple le merveilleux livre Le lion et l’oiseau de Marianne Dubuc qui est nominé à plus de cinq prix importants cet automne dont le prix TD et le prix du Gouverneur général en illustration. Alors que le titre était encore à sa finalisation, nous avons présenté le titre à la foire de Bologne où plusieurs éléments du livre jouaient contre nous : pagination avoisinant les 80 pages pour un album, une double page totalement blanche, une approche narrative très graphique avec peu de textes. Ce titre personnel et sans retenue dans sa forme a reçu malgré la très grande réputation de Marianne Dubuc à l’international des réactions qui étaient étonnantes et placées sous le signe de la réserve. Mais on a maintenu notre vision et surtout supporté le travail de Marianne. Après ces réactions initiales, les discussions ont tranquillement fait place à une ouverture liée à la lecture du manuscrit et au final, après des mois d’échanges, le titre s’est vendu dans 7 langues et quelque 10 pays.

Je peux affirmer qu’en misant sur une approche unique et créative, les éditeurs étrangers ont été intrigués et, après quelques rencontres et consultations, ils se sont rangés derrière nous et la presque totalité de notre catalogue jeunesse a trouvé des éditeurs à l’étranger, et ce malgré leurs côtés atypiques. On cherche souvent des formules, des approches pour favoriser l’exportation de nos titres en les ajustant selon les demandes du marché et je crois que c’est une erreur. Partout sur la planète, les éditeurs vont favoriser des approches éditoriales similaires, ce qui parfois donne des impressions d’une homogénéité déroutante. Il ne faut pas avoir peur de prendre des risques et tenter de miser sur nos forces et sur le talent des nos auteurs.

L’édition au Québec est jeune, créative et unique, elle s’exporte merveilleusement bien quitte à ce que ça prenne plus de temps et d’énergie, mais la qualité, l’innovation et la mise en avant d’une vision forte sont des voies d’avenir pour l’exportation du livre québécois.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Articles récents

L’économie : une affaire de démocratie

- 30% des nouvelles qui ont circulé l’an dernier, toutes plateformes confondues, […]

Des occasions précieuses

27 janvier 2017, par

Cela ne fait pas si longtemps qu’on peut avoir accès au Québec […]

L’urgence et la patience

Un livre, c’est beaucoup de sueur, d’adrénaline, de temps… Le romancier Jean-Philippe […]