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Lyon, les Didot et la typographie

Catégorie: Divers
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Quand vous écrivez un texte, portez-vous attention à la police de caractère que vous utilisez ? Pour ma part, je suis fascinée par la typographie et le design graphique depuis des années. Alors, quand j’ai vu passer sur Facebook qu’il y avait une école d’été sur le sujet, j’ai tout de suite été intéressée.

Je me suis donc envolée pour Lyon au début de juillet pour la formation Les Didot et la typographie moderne en France : leurs prédécesseurs, leurs émules, leurs héritiers, donnée par Sébastien Morlighen à l’École de l’Institut d’histoire du livre.

Comme j’ai la chance d’avoir un ami historien qui collectionne les livres du XVIIIe siècle, Yves Beauregard, j’ai pu consacrer toute une soirée, dans les jours précédents, à observer sa dizaine d’ouvrages rares imprimés par les Didot, dont le magnifique Histoire générale des voyages ou nouvelle collection de toutes les relations de voiages par mer et par terre qui ont été publiées jusqu’à présent… de l’abbé Prévost (1758, Paris, chez Didot, libraire, quai des Augustins, à la Bible d’or).

Ce fut d’abord la découverte d’une ville riche en histoire du livre, qui devint rapidement une capitale en édition en France. Je ne savais pas que Barthélemy Buyer y avait installé la première imprimerie en 1472 ! J’ai eu le loisir de visiter le Musée des Tissus et le Musée des Arts décoratifs, puis celui de l’Imprimerie et de l’art graphique. Je vous suggère deux librairies pour lesquelles j’ai eu un coup de cœur : le Bal des ardents et Datta. L’éditrice et l’historienne en moi étaient déjà comblées par tout ce que j’ai pu y voir.

Puis, pendant quatre jours, toute la classe a regardé et manipulé des dizaines de livres en format in-folio, in-quarto, in-octova et in-dix-huit des collections de la Bibliothèque municipale de Lyon et du Musée de l’Imprimerie. Nous avons eu plaisir à comparer les « A », à observer les « R » bizarres, les pleins et les déliés, la queue du « Q » ou la ponctuation. J’ai compris certaines étrangetés numériques que m’avaient fait remarquer quelques auteurs, comme des chiffres qui s’impriment plus haut dans certains caractères. Nous avons aussi le plaisir de jouer aux typographes pendant deux heures. Cela m’a permis de prendre conscience de toutes les difficultés techniques qu’il y a à imprimer.

J’ai été émerveillée par la qualité des illustrations, notamment celles de François Gérard pour l’édition luxueuse sur papier vélin de Jean de La Fonfaine, Les Amours de Psyché et de Cupidon (Didot L’Aîné, 1797).

Nous avons parlé de poinçons, de fonderies, de l’influence de la calligraphie, du passage d’un modèle d’écriture à la typographie moderne. Nous avons comparé les papiers, parlé de Caslon, Fournier, Baskerville, Vafflard, Beaumarchais, Dupéron, Bodoni.

J’ai appris des choses précieuses pour mes deux métiers. Par exemple, que l’italique a été inventé en 1499 et que l’Imprimerie royale a été fondée en 1640 par le cardinal de Richelieu en France.

J’ai compris une période charnière de l’histoire des caractères typographiques en France où de grandes transformations (papier, marché du livre, presses) ont contribué à l’émergence d’une typographie moderne en 1780. Un nouveau rapport à la forme et la recherche de simplicité et de perfection caractérisent la période.

Du début du xviiie jusqu’au xixe siècle, trois générations de la fascinante famille Didot vont régner en maîtres à Paris. Tour à tour imprimeurs, éditeurs, libraires, auteurs, les Didot multiplient les innovations techniques. François-Ambroise (Didot l’aîné) introduit le papier vélin, invente une nouvelle presse et le point didot. On doit à son frère Pierre-François le jeune un des premiers codes typographiques. Firmin met pour sa part au point une nouvelle série de caractères et donne naissance au « style Didot » qui sera suivi par nombre de leurs concurrents.

Cette formation n’a pas été seulement l’occasion d’assimiler des connaissances, elle a été riche de rencontres. Je profite de ce billet pour saluer mes confrères. J’ai eu le privilège de côtoyer de grands spécialistes doublés de personnes généreuses. Merci sincère également à toute l’équipe derrière l’École de l’Institut d’histoire du livre.

Ce n’est pour moi que le début d’une nouvelle aventure dans la connaissance de l’histoire du livre. Des projets ont émergé. Des parallèles intéressants peuvent ainsi être faits entre le travail des Didot en France et celui des Neilson au Bas-Canada. Le nom Didot est significatif pour l’Amérique. Un des ouvrages les plus importants de l’histoire de la colonie française, Histoire et description générale de la Nouvelle-France de Charlevoix, a été imprimé par Didot, au quai des Augustins, en 1744. Les idées d’expositions et de conférences fusent. C’est hyper stimulée que vous me trouvez en ce mois de juillet 2016.

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