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Lumières sur un genre de moins en moins obscur

10 juin 2014, par
Catégorie: Divers
Couverture_COLLECTIONS_Vol1_No4_juin2014

À la parution du 4e numéro de COLLECTIONS consacré aux polars, thrillers et romans policiers québécois, nous reprenons le texte de Jean Pettigrew, Éditions Alire, publié en éditorial.

Le roman policier made in Québec a le vent dans les voiles. Il était temps ! diront les amateurs de ce genre littéraire ; néanmoins, ajouteront les spécialistes, si l’exploration du côté sombre de notre distincte société a enfin trouvé un public, il reste encore beaucoup de travail à accomplir pour qu’elle soit reconnue à sa juste valeur.

La fiction policière constitue un secteur bien spécifique de la littérature. Au Québec, son premier praticien notable, Alexandre Huot, y fait des incursions dès les années 1920. Mais le Québec d’alors n’a pas encore traversé sa révolution dite tranquille et, ployant sous le joug de la religion et de l’analphabétisme, il n’encourage guère l’épanouissement de l’acte littéraire en général. C’est pourquoi il faut attendre les années 1980 pour voir apparaître les premières œuvres significatives, celles des précurseurs du polar québécois moderne que sont Chrystine Brouillet, Jacques Bissonnette et Jean-Jacques Pelletier, puis l’orée du troisième millénaire pour qu’une première génération d’écrivains de talent décide de leur emboîter le pas.

Une quinzaine d’années plus tard, force est de constater que la littérature policière québécoise, si elle ne concurrence pas en quantité l’abondante production venue du reste de la planète (et pourquoi diable le ferait-elle ?), n’a plus à rougir de la qualité de ses œuvres. Et là se situe le tour de force : en un peu plus d’une décennie, tant les spécialistes que les amateurs plus tôt mentionnés s’entendent à dire que certains auteurs de polars d’ici se sont hissés au niveau des grandes pointures mondiales du genre. Et bien que le proverbe affirmant que nul n’est prophète en son pays demeure valable, il est néanmoins très réjouissant de constater que le polar québécois apparaît couramment dans les listes des best-sellers des librairies québécoises.

Mais ne nous leurrons pas : tout comme il n’y a pas d’œuf sans poule, l’actuelle montée du polar québécois n’aurait pas existé sans le travail d’éditeurs qui ont cru à la possibilité de cette éclosion, sans des libraires qui ont raccourci la durée de la couvaison, sans des bibliothécaires qui ont reconnu son existence et propagé la bonne nouvelle, sans des médias qui en ont (un peu) parlé. Il ne faut surtout pas oublier dans les éléments constitutifs de ce mouvement une revue de création littéraire – Alibis – et trois prix qui célèbrent l’excellence de nos auteurs : le Saint-Pacôme, le Arthur-Ellis (volet francophone) et le Tenebris.

Bref, si la fameuse « chaîne du livre », dont nous constatons tous ces temps-ci l’extrême fragilité, a participé au phénomène actuel, il importe que tous ses maillons poursuivent leurs efforts afin que la vague ne s’estompe pas. Car si le polar québécois commence à être connu et (un peu) reconnu sur son propre territoire, n’oublions pas que nous sommes loin de la coupe aux lèvres hors nos frontières : le formidable joyau noir de la Nord-Amérique francophone qu’est le polar d’ici n’a toujours pas rencontré son Christophe Colomb sur les marchés mondiaux.

 

(Les opinions exprimées sur les blogues de anel.qc.ca sont celles de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement l’opinion de l’Association nationale des éditeurs de livres ou de sa direction. Soucieuse de la libre opinion, l’ANEL ne corrige pas les affirmations ou déclarations des auteurs indépendants ou des commentaires qu’elles suscitent. Elle s’assure cependant que le ton des textes et commentaires demeure en tout temps respectueux.) 

1 commentaire

  1. Gerard

    Je suis un grand lecteur de polar québécois et de partout, juste en passant pour le prix tenebris ça m’a deplu que les membres du jury aient choisi pour la finale seulement deux auteurs québécois, et trois auteurs français; ça laisse entendre que les auteurs québécois sont pas assez bons pour le jury de ce prix? et j’ai un peu interrogé des français sur un des titres français retenus, qui est parait-il assez mauvais, et pas du tout parlé par la profession. Si les québécois eux-mêmes font passer ce genre de message, c’est pas gagné encore! Et aussi, 4 thrillers sur les 5 retenus: y a que du thriler qui est bon dans la littérature policière? alors m’est avis qu’y a des choses à revoir. Sinon merci pour votre excellent article!

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