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Les gens du livre ne font pas de bruit

Catégorie: Divers

Les gens du livre ne font pas de bruit. Ils contribuent pourtant de façon irremplaçable à la vitalité sociale. Car, quoiqu’on en pense et quoiqu’on en dise, la lecture est une nécessité de base aussi vitale que l’alimentation, l’habitation et la santé. Mais nous sommes désarmés d’arguments spectaculaires pour en convaincre nos contemporains : pas de citoyens agonisants dans des couloirs en attente de bibliothèques plus nombreuses et accessibles; pas d’auteurs en grève la faim devant des revenus de droits d’auteur faméliques; pas d’images touchantes d’enfants abandonnés par des adultes trop occupés pour leur faire la lecture; pas de défilés syndicaux en faveur de la lecture minimum garantie; pas de commission d’enquête sur le scandale des décideurs politiques et économiques sous lettrés; pas de téléthon pour combattre la dyslexie… Non, rien. Nous n’avons aucun levier puissant à notre disposition. Nous sommes essentiels et invisibles, et pourtant forts de cette conviction inébranlable que, comme société, nous sommes en danger si nous n’augmentons pas la pratique de la lecture.

Mais pourquoi donc? Serions-nous une bande de bourgeois nostalgiques des salons littéraires et des conversations émaillées de beaux mots? Ou encore les survivants de la culture des humanités? À moins que nous ne soyons les artéfacts d’un temps révolu où il fallait passer par le labeur des mots pour atteindre ce qui est désormais instantanément accessible par l’image?

Non, nous sommes résolument ancrés dans le présent, animés d’un espoir toujours inquiet : il n’est pas de société évoluée qui ne soit une société de lecteurs. Parce que la lecture est un chemin de construction de l’identité. Parce que la lecture est la voie privilégiée du développement du jugement personnel. Parce que la lecture est le terreau fertile de l’imaginaire grâce auquel le monde croît et évolue. Parce que la lecture ouvre la porte à la liberté, dont elle est l’expression et l’aboutissement. La lecture est le poumon de la condition citoyenne; elle est le passage obligé d’un «vivre ensemble» civilisé.

En ce sens, il ne faut pas craindre d’affirmer que ce que chacun et chacune d’entre nous accomplit au quotidien, est tout simplement une œuvre de démocratie.

Jean-François Bouchard, Éditions Novalis
Président de l’ANEL

5 commentaires sur “Les gens du livre ne font pas de bruit

  1. Appétit Culturel

    C’est un point de vue qui me parait assez idéaliste et romantique, mais intéressant.
    Cette phrase me dérange : “Car, quoiqu’on en pense et quoiqu’on en dise, la lecture est une nécessité de base aussi vitale que l’alimentation, l’habitation et la santé.”
    La réalité est qu’une large partie de la population ne lit pas. Par manque de temps, d’intérêt, de pratique, d’accès, et j’en passe. Je ne juge pas leur point de vue et leurs pratiques culturelles. S’ils préfèrent d’autres types de loisirs, où est le mal…?!
    Une bibliothécaire/médiathécaire de l’autre côté de l’océan

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  2. Isabelle Larrivée

    J’envoie immédiatement ce lien à mes 70 étudiants que je n’ai pas encore réussi à convaincre. :) Merci pour ce court, et pourtant grand texte.

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  3. Claude Champagne

    « Nous n’avons aucun levier puissant à notre disposition. Nous sommes essentiels et invisibles »

    C’est faux de dire que le monde du livre n’a aucun levier, c’est seulement qu’il manque de force, pour ne pas dire de courage, pour le soulever. Nous sommes invisibles parce que nous sommes seuls, chacun sur notre île. C’est un cliché mais l’union fait la force. Il faut se battre, tous ensemble, auteurs, éditeurs, libraires bibliothécaires…

    Claude Champagne, romancier, dramaturge et jadis éditeur

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  4. Venise Landry

    Je vais me servir de votre texte au Passe-Mot de Venise, en mentionnant sa source bien sûr. Ce sera un plaisir, votre texte étant chaud, beau et pertinent. Par contre, la majorité de ceux qui le liront sont déjà convaincus de ce que vous dites puisqu’ils lisent. Quand on suit assidument un carnet de littérature québécoise, c’est qu’on lit, que ce soit des livres ou celle qui lit des livres !

    Tout ça pour dire merci beaucoup pour ce texte vrai et bien senti.

    Répondre

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