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Les élèves québécois auront-ils de nouveaux manuels scolaires?

Catégorie: Divers
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Il y a déjà un an (en octobre 2013), l’ANEL déposait un mémoire au Conseil supérieur de l’éducation dans le cadre d’une réflexion portant sur le thème Les réformes du curriculum et des programmes d’enseignement, quinze ans déjà après les États généraux sur l’éducation (1995)[1]. Ces deux réformes touchaient exclusivement les niveaux d’enseignement préscolaire, primaire, secondaire et l’éducation des adultes. Les éditeurs membres du comité scolaire de l’ANEL ont participé activement à la préparation de ce mémoire. Nous considérions que l’occasion était opportune d’exprimer officiellement le point de vue des éditeurs à cet organisme ayant une grande crédibilité dans le monde de l’éducation. Le Conseil supérieur de l’éducation a comme mandat, entre autres, de donner aux ministres des avis ou leur faire des recommandations sur toute question relative à l’éducation. Le rapport final de cette importante étude doit être déposé à la fin de cette année.

Les premiers ensembles didactiques destinés aux élèves du 1er cycle du primaire ont maintenant 14 ans. Ces ouvrages ont atteint un stade de désuétude. Un tel constat s’appuie sur des évaluations basées sur des commentaires exprimés régulièrement par un bon nombre d’enseignants. Étant donné que la grande majorité des auteurs des manuels scolaires sont des enseignants, les éditeurs scolaires ont un contact soutenu avec eux à longueur d’année. Cette relation étroite éditeurs-enseignants nous permet de mieux comprendre en temps réel l’état de la situation de la pédagogie dans nos écoles.

Au bénéfice des lecteurs, je vais appuyer mon propos de la désuétude des ensembles didactiques par une liste de huit raisons mentionnées dans le mémoire de l’ANEL d’octobre 2013. Les ensembles didactiques :

  • sont dépassés sur le plan graphique;
  • exposent des contextes d’apprentissages qui ont naturellement mal vieilli dans bien des cas et ne suscitent plus l’intérêt des élèves d’aujourd’hui;
  • n’intègrent pas la technologie (ce qui n’était pas requis par le programme);
  • ne respectent pas la progression des apprentissages développée par le ministère après la fin de l’implantation de la réforme;
  • n’intègrent pas les outils d’évaluation qui permettent d’appliquer le cadre d’évaluation;
  • n’intègrent pas la Progression des apprentissages;
  • n’intègrent pas la nouvelle liste orthographique qui sera publiée incessamment par le ministère;
  • ne tiennent pas compte des développements en termes de pédagogie (littératie, approche pour la lecture, etc.).[2]

Depuis les années 1970, les éditeurs scolaires québécois membres de l’ANEL (autrefois regroupés au sein de la SEMSQ, Société des éditeurs de manuels scolaires du Québec) ont des contacts directs lors de rencontres statutaires, trois à quatre fois par année, avec les autorités du ministère de l’Éducation. Notre interlocuteur principal est le sous-ministre adjoint, responsable du développement pédagogique et du soutien aux élèves pour les niveaux préscolaire, primaire et secondaire.

Tout au long des onze années d’implantation des nouveaux programmes de la réforme débutée en août 2000, les éditeurs scolaires québécois ont fait preuve d’une collaboration exemplaire dans leur rôle central à titre de partenaire privilégié auprès du ministère de l’Éducation. Notre raison d’être depuis plus de quarante ans dans cette filière pédagogique de l’éducation québécoise est de transformer les programmes académiques sous forme de manuels scolaires et de guides d’enseignement conformes aux directives ministérielles.

En ce 21e siècle, ère de la technologie numérique, l’ex-premier ministre Jean Charest a annoncé au printemps 2011 que le gouvernement du Québec, par l’entremise du ministère de l’Éducation, investirait sur une période de cinq ans 240 millions de dollars pour équiper toutes les classes des écoles publiques de moyens technologiques modernes, en particulier les tableaux numériques interactifs. Le Québec s’engageait résolument à l’enseigne de l’École 2.0.

Pour les éditeurs scolaires québécois, il y a de nombreux défis stimulants à relever autant dans la filière de l’édition papier que dans celle du numérique aux applications interactives. Plusieurs d’entre nous ont déjà mis sur pied des équipes multidisciplinaires pour offrir aux enseignants des ouvrages didactiques interactifs. C’est la voie de l’avenir. La demande est grandissante, l’offre par les éditeurs se répand de plus en plus. Pour réussir à long terme la production d’œuvres pédagogiques en format numérique, il y a une condition préalable essentielle : obtenir des autorités du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport l’élaboration d’un plan détaillé définissant la vision numérique qui sera appliquée partout dans le réseau scolaire.

Depuis l’automne 2011, les éditeurs scolaires de l’ANEL font des représentations persistantes auprès des autorités du ministère de l’Éducation afin de connaître les intentions de procéder à une révision systématique des programmes d’enseignement matière par matière sur un horizon de 5 à 10 ans. À ce jour, la réponse donnée fut claire : aucun projet de mise à jour n’est envisagé.

Pour entreprendre un tel chantier pédagogique, éditorial et administratif, cela nécessite un budget important et un encadrement appuyé par des équipes formées de pédagogues.

Dans le contexte budgétaire actuel de coupures importantes dans tout l’appareil du gouvernement du Québec pour les exercices 2014-2015 et 2015-2016, faut-il en conclure que les élèves québécois des dix prochaines années vont apprendre avec des manuels désuets?


[1] Document d’information et de consultation, Conseil supérieur de l’éducation, 16 pages, septembre 2013.

[2] L’ensemble didactique : au cœur de la réforme. Mémoire de l’ANEL déposé au Conseil supérieur de l’éducation, 11 pages, octobre 2013.

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