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L’édition québécoise et le monde francophone

14 juin 2017, par
Catégorie: Divers
Couv_Collections Vol 4 No Special WEB

Alors qu’il y a 400 ans, les explorateurs français voyaient l’Amérique comme le passage menant vers les trésors de l’Orient, aujourd’hui plusieurs auteurs québécois voient en la France la grande porte donnant accès au large marché de la francophonie européenne et mondiale, où les espoirs de succès semblent infinis. Mais comme le souligne avec raison et sagesse l’auteur à succès Patrick Senécal, qui connaît bien le marché français : « Il ne faut pas non plus se faire trop d’illusions. » Cette France d’antan à laquelle Dominique Fortier fait référence dans l’entretien est bien lointaine. Si l’héritage littéraire de Dumas, Malraux, Camus et plus récemment de Houellebecq, Pennac ou Pancol fait rêver les auteurs d’ici depuis Réjean Ducharme jusqu’à Perrine Leblanc, les éditeurs québécois sont bien conscients que ce marché présente une concurrence féroce et que le rayonnement d’un auteur exige le travail de nombreux intervenants, qui vont porter le livre pour ses qualités littéraires et non pour sa singularité septentrionale.

Le marché du livre au Québec n’a ni la taille, ni l’histoire, ni les caractéristiques de celui de la France. On pourrait donc y voir deux univers parallèles. Pourtant, les activités récentes, comme le Québec invité d’honneur dans différents événements littéraires européens d’envergure (Foire du livre de Bruxelles 2015, Salon du livre et de la presse de Genève 2017), le Prix France-Québec ou encore la présence de la Librairie du Québec à Paris et maintenant de Tulitu à Bruxelles, permettent de tenir des points de rencontre et de mieux saisir la contribution de l’édition québécoise.

Depuis les Relations des Jésuites du père Lejeune au XVIIe siècle ou encore Le chercheur de trésors ou l’Influence d’un livre de Philippe Aubert de Gaspé (1837), considéré comme le premier roman québécois, jusqu’à l’émergence des nouveaux romanciers comme Jocelyne Saucier, Kim Thúy ou Nicolas Dickner, le Québec a développé une littérature riche, dynamique et variée, dont Dany Laferrière est aujourd’hui la figure de proue la plus connue sur le vieux continent. Une littérature française, certes, mais qui met de l’avant l’américanité qui nous définit, traduisant ainsi une identité propre et un attachement à la langue. Si « Je me souviens, que né sous le lys, je croîs sous la rose » est la devise de notre nation, sur le plan littéraire, la rose est assurément américaine depuis le XXe siècle.

Avec aujourd’hui plus de 7000 nouveautés par an dans tous les secteurs, romans, albums, essais, jeunesse, livres pratiques et techniques, l’édition québécoise n’a à souffrir d’aucun complexe. Il suffit de penser aux essais engagés des éditeurs Lux ou Écosociété, notamment les livres d’Alain Deneault dont le propos sur l’évasion fiscale n’a de sens que s’il traverse les frontières; aux romans jeunesse de Catherine Girard-Audet, de Rose-Line Brasset ou encore d’India Desjardins, qui connaissent de francs succès en Europe ; aux romans graphiques de La Pastèque ou aux livres pratiques des éditions de l’Homme, bien visibles sur les tablettes des librairies françaises, et plusieurs autres encore, pour constater que la contribution de l’édition québécoise au monde francophone est bien réelle et commence à être reconnue comme telle. Depuis quelques années, il faut souligner le travail accompli par plusieurs éditeurs français qui ont ouvert leur catalogue pour accueillir ces auteurs originellement publiés par des maisons québécoises. Que l’on pense à Phébus, Denoël, J’ai Lu, Kennes, Michel Lafon, La Table Ronde, Liana Levi, Héloïse d’Ormesson, France Loisirs et plusieurs autres, jamais les auteurs d’ici n’ont été si visibles. La présence importante des maisons québécoises dans les grands salons et les foires internationales a permis ces échanges qui font aujourd’hui partie de l’écosystème de l’industrie francophone. Mais ce n’est que la pointe de l’iceberg québécois; il y a tellement plus à découvrir encore. Ce numéro de Collections présente un échantillon de cette littérature francophone à la fois commerciale et exigeante, classique et contemporaine, intime et technique, francophone et nord-américaine.

La bibliothèque est un lieu privilégié pour la découverte de nouveaux auteurs. Le lecteur y trouve un large éventail de titres, bien classés et accessibles comme nulle part ailleurs. Voilà un lieu favorable aux expériences littéraires nouvelles dans lesquelles l’édition québécoise a beaucoup à offrir.

Ce texte a été publié dans Collections, numéro spécial, vol. 4, juin 2017

 

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