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La science, ça se partage

8 septembre 2016, par
Catégorie: Divers
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La science n’est pas un univers parallèle. Elle peut être un plaisir de connaissance en même temps qu’une nécessité citoyenne

S’il y a bien une chose qui m’a toujours irrité, c’est d’entendre dire que la majorité des Homo sapiens n’ont pas le niveau nécessaire pour comprendre les grands enjeux scientifiques. Je préfère penser que c’est faux. Autrement, cela ne cautionnerait-il pas un désengagement social de l’élite-qui-sait ? Et où trouverait-on alors nos auteurs ?

Le savoir, ça se partage ! On ne peut pas demander à tous d’être à la fois physicien, biologiste, chimiste, éthicien, agronome, médecin, écologiste ou astronome; c’est pourquoi les livres sont autant de ponts pour accéder aux connaissances. Ce qui n’est pas un luxe alors que les sciences et les technologies transforment sans cesse notre monde. Sinon, comment mener et comprendre les débats publics entourant, par exemple, les soins en fin de vie, la transition énergétique, les changements climatiques ou les recherches en génétique ?

La majorité des gens n’auraient pas le niveau nécessaire pour lire la science ? Ben voyons ! Quand la science se livre, que ce soit à travers un essai sur la physique des particules ou un ouvrage pratique de jardinage, elle relaie une telle somme de connaissances que cela ne peut qu’alimenter l’esprit de curiosité de tous et de chacun. Quand la science se livre, elle rend le monde plus intelligible.

Il faut observer comment la science peut inspirer des essais, des romans, des livres pratiques, comme vous pouvez le constater dans le dossier que Collections vous propose ici. Remarquez qu’elle n’a pas à être cantonnée dans un genre spécialisé. C’est d’ailleurs ainsi que la science se libère d’un langage étrange ou rébarbatif et qu’elle est « mise en culture », pour reprendre la formule très juste du philosophe français Jean-Marc Levy-Leblond. J’ai tenu la barre du magazine Québec Science pendant 22 ans comme rédacteur en chef et c’est aussi cela que j’attendais des journalistes : qu’ils fassent, avec les nouvelles scientifiques, des sujets d’information normaux. Même que cela pouvait ajouter une dimension autre à l’actualité. On a pu traiter de la béatification du frère André en se demandant comment le Vatican décrétait scientifiquement ce qu’est un miracle (c’est vraiment juste un exemple). En arrimant la science à notre besoin d’information tout autant qu’à un plaisir de découverte, on lui donne tout son sens, mais surtout, on établit un lien essentiel entre le milieu de la recherche et le grand public. Ce qui est aussi, j’ose le croire, un devoir démocratique. C’est ce même défi que l’on a à relever dans l’édition. Et il y a de quoi se mettre sous la dent avec tous les débats entourant les organismes génétiquement modifiés, les changements climatiques, le boson de Higgs, les ondes gravitationnelles, les planètes extrasolaires, l’explosion du Web, les progrès incroyables en santé et en médecine !

Les lecteurs et les lectrices Homo sapiens d’aujourd’hui ne veulent pas être en dehors du monde. Ils veulent lire le monde. Il nous faut juste continuer à nous adresser à leur intelligence. C’est un peu ça, la vulgarisation scientifique.

Ce texte a été publié dans Collections, volume 3, numéro 4, août 2016, page 3

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