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La joie des meeeuuuhdias…

7 mai 2014, par
Catégorie: Divers
gertrude

J’ai lu le texte « Madame la Ministre » de Jean-François Bouchard sur le blogue de l’Association. Toujours aussi intéressant, il y dit entre autres : « Le drame du livre, c’est qu’il ne fait pas de bruit. »

J’ai un livre qui en a fait. Le genre de titre qu’il faut assumer lorsqu’on s’apprête à le lire à haute voix. Meuh où est Gertrude? C’est bruyant, mais ce n’est pas ça qui lui a permis de résonner dans tous les médias.

L’histoire est celle d’un petit veau qui cherche sa mère, entouré des animaux de la ferme qui tentent de lui changer les idées. C’est farfelu, un texte rempli de calembours et de jeux de mots, illustré de façon magistrale par le duo Bellebrute. Jusque-là, pas grand-chose de croustillant à se mettre sous la dent pour les médias qui s’intéressent peu aux livres jeunesse. Mais qu’un pareil livre soit signé Benoit Dutrizac surprend, attendrit, dérange. S’enchaînent RDI matin, Pénélope McQuade, Salut, Bonjour!, Le Journal de Montréal, La Presse, Arcand, Tout le monde en parle… Nommez-les, nous y sommes allés!

J’ai envie de vous confier que le livre est en réimpression présentement, qu’il figure au sommet de plusieurs palmarès et que l’équipe Fonfon vit son plus grand succès. J’en suis fière. J’ai même pleuré de joie. Ça fait du bien, des fois, un juste retour des choses. Ça me permet de souffler un peu et, surtout, de me rassurer en me disant que je ne suis pas complètement folle d’avoir non seulement choisi ce métier, mais investi pour pouvoir le faire. Et quand je parle d’investissement, je ne parle pas seulement de temps, bien que ça aussi, j’en ai mis. Et je ne suis pas la seule. Les éditeurs et les créateurs se donnent, et beaucoup. La lecture est une cause commune. Un lecteur gagné par un livre aura envie d’en découvrir d’autres, toutes maisons d’édition confondues. Sous cet angle, nous sommes tous dans le même bateau. Et parfois, à mon grand bonheur, des collègues réussissent à réunir tous les éléments pour avoir droit à une tribune, enfin. Je me réjouis chaque fois qu’un livre jeunesse québécois dame le pion à un autre d’origine étrangère dans les palmarès.

Et puis, j’ai eu la chance de voir mon petit dernier être entouré d’une grande couverture médiatique. J’étais fière de mon bébé et je ne cachais pas ma joie jusqu’à ce que le discours change. Qu’on me dise que c’est injuste. Que tous les auteurs devraient avoir droit à cette vitrine. Que ce succès repose sur le nom de Dutrizac. J’ai offensé certains puristes qui croient que j’ai publié Benoit Dutrizac pour son statut et non pour la qualité de son texte. C’est un dur jugement, autant pour les compétences de l’auteur que pour les miennes.

J’ai pris le temps d’encaisser tout ça avant d’assumer complètement ma position. Je garde ma fierté et j’espère être bien comprise : cette belle couverture médiatique n’est pas contre la majorité des auteurs québécois, souvent fort talentueux, qui n’ont pas la chance d’être aussi publicisés. Elle n’est contre personne, elle est plutôt pour ma maison qui tient le coup malgré sa précarité et les temps difficiles dans le milieu de l’édition. C’est aussi pour tous les prochains auteurs, vedettes ou pas, que j’aurai la chance de publier, car c’est grâce à des succès comme celui-là que Fonfon restera en vie.

Il y a également cette question qui demeure et qui me brûle les lèvres. Elle est où la cause commune, la solidarité, pour qu’un livre qui se fait remarquer dans un monde qui ne parle presque jamais de littérature suscite autant de commentaires désobligeants? « Le drame du livre, c’est qu’il ne fait pas de bruit. » Et voilà qu’il fait aussi un drame quand il fait du bruit.

 

 

(Les opinions exprimées sur les blogues de anel.qc.ca sont celles de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement l’opinion de l’Association nationale des éditeurs de livres ou de sa direction. Soucieuse de la libre opinion, l’ANEL ne corrige pas les affirmations ou déclarations des auteurs indépendants ou des commentaires qu’elles suscitent. Elle s’assure cependant que le ton des textes et commentaires demeure en tout temps respectueux.)

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