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La Grande Guerre

Catégorie: Non classé

Comme bien des gens, j’ai suivi avec attention beaucoup de ce qui s’est dit, publié, diffusé et raconté ces dernières semaines à propos de la Grande Guerre, celle de 14-18. Un siècle depuis le déclenchement de ce conflit monstrueux qui, dit-on, a fait basculer le monde dans le XXe siècle. À la différence de la guerre de 39, le contexte géopolitique nous est peu familier, le souvenir étant lointain, les traces contemporaines fort ténues. En me plongeant dans l’histoire, j’ai été frappé par le caractère absurde de ce conflit et les raisons qui en ont fait un champ de bataille planétaire. Tout s’est joué autour des empires et des alliances. L’occasion d’une affaire grave certes, mais localisée, a été prise pour régler des comptes impériaux. Le jeu des alliances, qui assurait un certain équilibre stratégique, s’est retourné contre les « pactisants » qui ont été entraînés dans le conflit, qui a tourné à la conflagration. Ce qui frappe, avec le recul, c’est la vitesse à laquelle s’est faite la bascule des dominos, l’immobilisme meurtrier dans lequel les belligérants se sont enfoncés, la dévastation qui en a résulté et la durée des conséquences qui ont couru sur tout le siècle. Et que dire de l’immoralité des chefs d’État et des têtes couronnées qui n’ont eu cure des conditions sous humaines dans lesquelles ils ont entraîné soldats et civils pendant quatre longues années. Une guerre qui devait être rapide, réglée en quelques mois…

Tout cela m’a plongé dans la méditation. Et je n’en suis pas encore revenu. L’équilibre est une chose dont on ne soupçonne pas la fragilité quand on le maîtrise. On ne sait plus les efforts qu’il a fallu pour se tenir debout sur deux jambes. Un petit accident et tout est bousculé. Quand un différend éclate entre deux personnes, deux entités, deux États, à quel moment devient-il litige, dégénère-t-il en conflit, sombre-t-il dans la guerre? Les barrières sont basses, ténues, aisées à outrepasser. Et puis, dans cette spirale sordide, à quel moment passe-t-on de la sympathie à l’engagement, de la solidarité à l’obligation? Jusqu’où faut-il aller au nom de l’intérêt supérieur du plus grand nombre? Quand doit-on succomber à la tentation de sauver sa peau? Dur, dur, de garder la tête froide, de ne pas se noyer dans l’aveuglement, la colère, la rouge violence.

Je suis étonné de voir une si Grande guerre me donner des leçons sur de si petites choses de la vie. Les heurts, les inimitiés, les coups de gueule. Les frictions de la vie intime, au boulot, en affaires. Et quoi encore. Je ne sais qu’une chose : ce qui dégénère va toujours plus loin que ce qui était prévisible. La solution, rarement à la hauteur de la dévastation.

Vaut mieux y penser à deux fois avant de déclarer la guerre.

 

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Comme bien des gens, j’ai suivi avec attention beaucoup de ce qui s’est dit, publié, diffusé et raconté ces dernières semaines à propos de la Grande Guerre, celle de 14-18. Un siècle depuis le déclenchement de ce conflit monstrueux qui, dit-on, a fait basculer le monde dans le XXe siècle. À la différence de la guerre de 39, le contexte géopolitique nous est peu familier, le souvenir étant lointain, les traces contemporaines fort ténues. En me plongeant dans l’histoire, j’ai été frappé par le caractère absurde de ce conflit et les raisons qui en ont fait un champ de bataille planétaire. Tout s’est joué autour des empires et des alliances. L’occasion d’une affaire grave certes, mais localisée, a été prise pour régler des comptes impériaux. Le jeu des alliances, qui assurait un certain équilibre stratégique, s’est retourné contre les « pactisants » qui ont été entraînés dans le conflit, qui a tourné à la conflagration. Ce qui frappe, avec le recul, c’est la vitesse à laquelle s’est faite la bascule des dominos, l’immobilisme meurtrier dans lequel les belligérants se sont enfoncés, la dévastation qui en a résulté et la durée des conséquences qui ont couru sur tout le siècle. Et que dire de l’immoralité des chefs d’État et des têtes couronnées qui n’ont eu cure des conditions sous humaines dans lesquelles ils ont entraîné soldats et civils pendant quatre longues années. Une guerre qui devait être rapide, réglée en quelques mois…

Tout cela m’a plongé dans la méditation. Et je n’en suis pas encore revenu. L’équilibre est une chose dont on ne soupçonne pas la fragilité quand on le maîtrise. On ne sait plus les efforts qu’il a fallu pour se tenir debout sur deux jambes. Un petit accident et tout est bousculé. Quand un différend éclate entre deux personnes, deux entités, deux États, à quel moment devient-il litige, dégénère-t-il en conflit, sombre-t-il dans la guerre? Les barrières sont basses, ténues, aisées à outrepasser. Et puis, dans cette spirale sordide, à quel moment passe-t-on de la sympathie à l’engagement, de la solidarité à l’obligation? Jusqu’où faut-il aller au nom de l’intérêt supérieur du plus grand nombre? Quand doit-on succomber à la tentation de sauver sa peau? Dur, dur, de garder la tête froide, de ne pas se noyer dans l’aveuglement, la colère, la rouge violence.

Je suis étonné de voir une si Grande guerre me donner des leçons sur de si petites choses de la vie. Les heurts, les inimitiés, les coups de gueule. Les frictions de la vie intime, au boulot, en affaires. Et quoi encore. Je ne sais qu’une chose : ce qui dégénère va toujours plus loin que ce qui était prévisible. La solution, rarement à la hauteur de la dévastation.

Vaut mieux y penser à deux fois avant de déclarer la guerre.

(Les opinions exprimées sur les blogues de anel.qc.ca sont celles de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement l’opinion de l’Association nationale des éditeurs de livres ou de sa direction. Soucieuse de la libre opinion, l’ANEL ne corrige pas les affirmations ou déclarations des auteurs indépendants ou des commentaires qu’elles suscitent. Elle s’assure cependant que le ton des textes et commentaires demeure en tout temps respectueux.)

1 commentaire

  1. robert soulières

    Difficile de ne pas penser en te lisant entre les lignes aux petites guerres quotidiennes d’ici…

    Répondre

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