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La faute à qui? (II)

Catégorie: Divers
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La faute à qui, le retard du Québec en matière de lecture? Bien sûr à l’héritage historique de notre passé de ruraux, au poids de l’Église, à la pauvreté… Tout cela, on le sait. Et on n’y peut pas grand-chose, à part en avoir la pleine intelligence et le dénoncer. Mais aujourd’hui, qu’en est-il?

J’accuse trois réalités socioculturelles bien présentes au quotidien : une certaine idée de la masculinité; une conception étriquée de la réussite, et l’esclavage du plaisir.

Une certaine idée de la masculinité : on s’entendra pour dire que l’image idéale de la masculinité n’est pas un lecteur, et encore moins un homme cultivé. C’est même plutôt l’inverse. Il y a évidemment tous les clichés de F-150, de faces mal rasées et de bière coulant à flot. Mais il y a pire encore : dans les médias,  l’homme est souvent le pauvre benêt dont on trouve drôle qu’il soit stupide ou ignorant. Beaucoup ont ri en regardant les spots publicitaires de la campagne des fromages du Québec. Pas moi. Encore un taré comme on les aime. Alors, pourquoi se forcer si c’est ça qui rend les autres heureux? Lire n’est pas viril? Ça, c’est une question de culture, de contexte et d’époque. Si vous voulez mon avis, être ignorant ne l’est guère plus. Car, la virilité passe par l’affirmation de soi, elle-même possible par la maîtrise de ce que  l’on est.

Une conception étriquée de la réussite : en résumé, pas besoin d’être cultivé pour être riche. Même pas besoin d’être cultivé pour avoir le pouvoir. D’ailleurs, les politiciens qui ont le malheur d’être un peu trop instruits maquillent leur savoir et leurs références. Jamais de citations, sauf pour reprendre les propos d’un moron de service. Jamais de valorisation de l’éducation, sauf pour en vanter l’utilité pour apprendre un métier qui rapportera des sous (à l’État, évidemment). Le paradoxe, c’est le plus souvent dans le monde des affaires qu’on entend les discours les plus articulés sur la nécessité d’une solide formation académique et d’une culture générale bien nourrie. Pourquoi? Parce que, dans le monde du travail contemporain, c’est la capacité d’adaptation qui est la plus appréciée des employeurs. Et, vous savez quoi? Pour y arriver, il faut, outre une vraie souplesse psychologique, il faut être capable de faire des liens entre des données, des connaissances et des réalités diverses, voire éclatées. Ceci passe par une culture générale articulée. Pour l’encourager, encore faudrait-il cesser de valoriser l’image de multimillionnaires incultes.

L’esclavage du plaisir : autrement dit, un apprentissage est d’autant plus efficace s’il se fait avec plaisir. D’où le fait qu’on l’on promeuve le plaisir de lire. Soit, pourquoi pas? Mais, en toutes choses, le plaisir n’est pas immédiat. Vous faites du jogging? Vous savez qu’il faut traverser une zone pénible avant de flotter de bonheur au-dessus de la piste. Le plaisir est une conquête. Et les  plaisirs les plus fins demandent travail, persévérance et patience. La lecture n’y échappe pas.

Bon, ça suffit pour aujourd’hui. Je crois que je me suis fait assez de nouveaux ennemis. J’entends déjà l’écho de vos réactions.

 

(Les opinions exprimées sur les blogues de anel.qc.ca sont celles de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement l’opinion de l’Association nationale des éditeurs de livres ou de sa direction. Soucieuse de la libre opinion, l’ANEL ne corrige pas les affirmations ou déclarations des auteurs indépendants ou des commentaires qu’elles suscitent. Elle s’assure cependant que le ton des textes et commentaires demeure en tout temps respectueux.)

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