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L’obsession du bas prix

Catégorie: Divers
Soldes

Commençons par faire œuvre d’honnêteté : oui, comme tout le monde, j’aime payer moins cher ce dont j’ai besoin. Je ne connais personne qui trouve son plaisir à payer plus quand c’est possible de dépenser moins. Cela étant posé, il faut être bien naïf pour croire qu’il n’y a pas quelqu’un, quelque part, qui paie d’une manière ou d’une autre pour un prix bas. Ou bien la matière première aura été payée sous son prix réel; ou bien on aura rogné sur la qualité de la fabrication; ou bien on aura automatisé les procédures; ou bien les gens auront été payés à coup de lance pierre. Le cas le plus patent est le prix des vêtements en Amérique du Nord. On ne s’en rend pas compte mais, à dollar constant, on paie nos vêtements moins chers aujourd’hui qu’il y a trente ans. C’est sans doute le secteur du commerce de détail où la culture de l’obsession du bas prix a été inculquée avec le plus grand succès. À partir des grandes chaînes jusqu’aux petits boutiquiers, personne n’a pu y échapper : les clients sont dans une course incessante à l’aubaine, même à prix régulier. Les conséquences économiques et sociales de ce mouvement sont sans appel : des centaines de milliers d’emplois ont été éliminés dans des milliers d’entreprises sur le continent. Des emplois qui ont été « délocalisés », au Mexique d’abord, puis dans des pays d’Amérique centrale, et enfin massivement en Asie. Pourquoi? Parce que les « conditions de réalisation des affaires sont plus souples », comme ils déclarent pudiquement dans les assemblées d’actionnaires, façon de ne pas dire que les normes de toutes sortes sont plus minces, voire inexistantes, et que les salaires sont bas. Parfois, très bas.

Pourquoi aborder cette question dans un blogue consacré à l’édition? Parce qu’il y a des gens qui ne savent envisager l’avenir du livre que sous l’angle de son prix, sans se soucier des conséquences que pourrait avoir l’obsession du prix le plus bas possible. Si, comme société, nous choisissons ce critère comme étant celui qui doit tout conditionner, il serait bon d’exposer à nos compatriotes les conséquences que cela va entraîner. Et il y en aura. Entre autres, la disparition de la production nationale.

Mais est-ce si grave? Restera quand même la quintessence de l’acte culturel : la chasse aux aubaines dominicales dans les centres commerciaux.

1 commentaire

  1. Marc-André Audet

    Voilà un sujet intéressant, mais ce billet comporte quelques raccourcis économiques avec lesquels je ne suis pas d’accord.

    En premier lieu, faire un lien entre le prix unique et les morts au Bangladesh est une belle gymnastique un peu démagogique. Du reste, je ne suis pas certain que ce soit la chasse aux aubaines qui ait provoqué l’exode des emplois manufacturiers, comme le prétend mon distingué Président. J’inverserais la cause et l’effet: les économies d’échelles engendrées par la production massive à bas prix ont poussé des pans entiers de notre économie vers une course effrénée aux aubaines, souvent intenable.

    La délocalisation n’a rien de nouveau. Déplacer des usines là où les coûts de mains-d’œuvre sont moins chers, cela se faisait déjà du temps des Romains. Si cela ne veut absolument pas dire qu’il faille accepter que nos biens soient produits dans des conditions pitoyables, parfois proche de l’esclavage, l’équation “Production à l’étranger = disparition de la production nationale” est erronée. D’ailleurs, de quelle production nationale parle-t-on ici? De l’impression, ou de l’édition?

    J’imprime autant que possible mes livres au Québec, chez des imprimeurs qui achètent leurs presses, leur machinerie et parfois leur pâte à papier à l’étranger. J’imprime également une partie de ma production en Asie: sans cette possibilité, les Malins n’existeraient pas, je n’aurais pas créé 5 emplois créatifs, et il y aurait un peu plus de livres européens en librairies. Bref, vu par la lucarne des Malins, Production à l’étranger = Capacité de concurrencer de grands joueurs et création d’emplois locaux.

    Ah les maths, ce n’est jamais simple!

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