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Istanbul

Catégorie: Divers
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[J’étais à Istanbul pour quelques jours pour assister au congrès de l’IFRRO (International Federation of Rights of Reproduction Organisations)]

Cette ville est au nombre de celles qui ont acquis le statut de mythe au cours de l’histoire. Passage obligé, parce que plus rapide entre l’Europe et le Moyen Orient, les lieux ont été parcourus, occupés et disputés par toutes les civilisations occidentales depuis l’Antiquité. L’agglomération est elle-même séparée en deux parties par le Bosphore, craint depuis toujours par les marins, vaincu aujourd’hui par deux ponts majestueux, et un tunnel ferroviaire inauguré il y a quelques jours. Du sang a coulé à plus soif pour protéger ce passage ou le bloquer. On le franchit maintenant aller-retour sans y songer, seul un trafic monstre faisant obstacle. Le Bosphore maîtrisé, c’est à se demander quel sens aura cette ville dans son avenir. La cité tout entière s’est faite depuis trois mille ans sur l’énergie de la fracture qui fait obstacle. La continuité étant assurée, d’où cette société tirera-t-elle désormais l’énergie de son devenir?

Au hasard, tout pêle-mêle, quelques réflexions inspirées des lieux :

  • De Byzance à Istanbul, cette terre a été à répétition un champ de bataille religieux. Aya Sofia garde la trace des grandes religions qui l’ont construite. Les guerres ont été meurtrières. Mais il y a aussi eu cohabitation. Le Sultan se faisait un devoir d’avoir un juif ou un chrétien comme premier conseiller. Aujourd’hui, Sainte-Sophie est un musée, dont l’usage est figé à jamais. Mais l’État turc, exemple de laïcité ferme, est poreux aux influences islamiques. Au moment où cette ville devient un lieu de passage fluide où le monde entier se croise, quelque chose comme l’uniformité s’installe. Paradoxe qui donne à penser.
  • La Turquie toque à la porte de l’Europe pour y intégrer la communauté économique et politique. Istanbul n’a survécu aux siècles que parce qu’elle était un passage commercial obligé. Ni tout à fait européenne, ni complètement orientale, la ville a tiré sa force de son ambiguïté assumée. Pourquoi choisir « son camp » aujourd’hui après trois millénaires de singularité? Voilà un beau cas d’espèce dans l’évolution politico-économique du monde. Jusqu’où est-on prêt à aller au nom du libre marché? Et qu’est-ce qui fait le socle d’un projet politique commun? De nouveau, Constantinople est l’objet de toutes les craintes et de toutes les convoitises.
  • Enfin, quelques mots sur la langue. On ne peut qu’être fasciné par la juxtaposition des langues qui se sont croisées, parlées, combattues. Les inscriptions qui parcourent les hauts murs de Sainte-Sophie sont fascinantes : grec et arabe se côtoient à la gloire d’un même Tout-Puissant. Les sultans de l’empire se sont faits protecteurs de précieux manuscrits. Pendant des siècles, être polyglotte était une condition pour réussir, voire pour vivre. Même aujourd’hui, il est étonnant de voir les marchands des bazars capables des négocier en plusieurs langues. Y a-t-il un avenir pour cette diversité et ses expressions? Comment la préserver?

Décidément, ce lieu magique donne à penser. Il y a ici quelque chose de l’avenir du monde qui se dessine et se laisse deviner.

(Les opinions exprimées sur les blogues de anel.qc.ca sont celles de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement l’opinion de l’Association nationale des éditeurs de livres ou de sa direction. Soucieuse de la libre opinion, l’ANEL ne corrige pas les affirmations ou déclarations des auteurs indépendants ou des commentaires qu’elles suscitent. Elle s’assure cependant que le ton des textes et commentaires demeure en tout temps respectueux.)

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