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Il n’y a pas d’éditeur jeunesse qui va mourir de ça…

Catégorie: Divers
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« Prenons nos livres et nos stylos [...]. Ce sont nos armes les plus puissantes. Un enfant, un professeur, un livre et un stylo peuvent changer le monde. » — Malala Yousafzai

Comment peut-on, ici en Occident, considérer avec autant d’indifférence ce que la récipiendaire du prix Nobel de la paix conçoit comme essentiel? Est-ce parce que nous en sommes rendus à croire qu’il n’est plus nécessaire de s’en préoccuper? Que tout est fait et qu’on peut maintenant passer à d’autres problèmes plus pressants comme choisir le nom d’un pont ou parler du nouveau Assassin’s Creed  « Made in Québec »?

Au Québec, en ce qui concerne la littératie, seulement 46 % de la population âgée de 16 ans et plus atteignaient, en 2003 un niveau minimum de fonctionnement en société (Bernèche et Perron 2005). C’est dire qu’autour de nous, plus de 5 personnes sur 10 ne peuvent lire ce que je vous écris, où s’ils le lisent, n’en comprendront ni le sens ni les nuances. Cette statistique est le reflet d’une réalité. C’est dire qu’au Québec, une personne sur 2 ne lit pas. Si notre province était une PME, nous serions en situation de faillite… comme la courte échelle.   

J’écrivais, récemment, sur les réseaux sociaux, mon ras-le-bol pour cette indifférence que je ressens dans toutes les strates de notre société pour le livre et la lecture et plus particulièrement en ce qui à trait à la littérature jeunesse.

Le ministère de l’Éducation où le Ministre a su, avec sa phrase célèbre « Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça » démontrer l’ampleur du problème. Une société qui reconnaitrait l’importance de la lecture n’aurait jamais engendré un ministre, médecin de surcroit, à dire une ineptie de la sorte.

Yves Nadon, un auteur et enseignant respecté par ses pairs pour sa vision de l’apprentissage, a lancé une pétition pour que le livre jeunesse puisse être inclus dans les fonds dédiés spécifiquement et uniquement à l’achat de matériel scolaire. Il a jeté l’éponge après avoir constaté que même le milieu scolaire ne se mobilisait pas pour le livre jeunesse.

La ministre David, responsable de la culture, confirmait que son gouvernement refusait le prix règlementé du livre, et ce, même si une majorité d’intervenants de la chaine du livre le souhaitait. Pendant ce temps-là, elle annonçait son « Plan culturel numérique ». Doit-on rappeler que 5 personnes sur 10 ne seront même pas en mesure de lire ou comprendre ce plan. Ils ne savent pas lire!

Le ministère des Finances n’est pas mieux! Ce ministère qui impose un plan d’austérité et qui a décidé de réduire les crédits d’impôt dans le secteur culturel. La culture ce n’est pas de la tuyauterie, c’est l’âme d’un peuple, d’une société. On peut se demander où se trouve l’âme de ce gouvernement. Résultat concret? Les 400 coups, malgré des efforts de rationalisation, iront probablement imprimer en Chine. Au diable les relations établies avec les imprimeurs d’ici.

Celui de la santé, le ministère dis-je, n’est pas en reste. Même en sachant que la lecture est une des solutions pour réduire ce cercle vicieux qu’est la pauvreté et l’appauvrissement, comment se fait-il qu’il ne soit pas le premier ministère à exiger plus de bibliothèques et plus de livres? Cela réduirait assurément les dépenses à long terme.

Et où sont les médias pour parler du livre jeunesse? Où étaient-ils pour parler du Prix TD? (Ah oui! C’est vrai, vous ne connaissez peut-être pas le prix TD, puisqu’ils n’en parlent pas).

À Radio-Canada, lors de l’annonce des finalistes des prix du  Gouverneur Général, entre autres catégories, ils ont mentionné le roman adulte, l’essai, la poésie et le théâtre. Notre société d’état n’a pas cru bon mentionner les catégories jeunesse. Profitons-en, puisqu’on vient de l’annoncer, pour féliciter Marianne Dubuc (Illustration) et Linda Amyot (texte).

Et que dire de la presse écrite qui offre plus d’espace pour le Cinéma alors que cette industrie rapporte moins que celle du livre.

Dans le fond, les médias ne font que suivre la mouvance de cette indifférence. Imaginons qu’elles pourraient être catalyseur de changement.  

Imaginons une émission, à la radio ou à la télévision, même qu’une journée par mois, où on animerait un débat sur le livre jeunesse. Pas seulement parler du livre, d’une star ou d’un ami de l’animateur, mais parler du livre jeunesse comme d’un sujet d’importance pour changer le monde, car soyez assurés que la lecture chez les plus jeunes change le monde.

Imaginons la presse écrite : le Devoir, La Presse, le Journal de Montréal qui présenteraient, comme on le retrouve dans Le Guardian et autres journaux anglais, des articles de fond sur l’importance de la lecture chez les jeunes avec des invités connus.

Et si on peut imaginer les médias qui changent… pourquoi pas notre gouvernement et les corporations?

Imaginons un gouvernement qui soutienne les auteurs et illustrateurs que vos enfants aiment lire et relire en assurant une place prépondérante du livre jeunesse québécois dans les librairies, les bibliothèques, les écoles, les CPE, les CLSC. Un livre c’est plus cher qu’une pomme, mais ça se partage drôlement plus facilement et plus longtemps.

Imaginons le monde des corporations qui, comprenant que les enfants sont l’avenir de leur entreprise, mettent des moyens de l’avant pour les aider à lire des livres aujourd’hui.

Heureusement, tout n’est pas gris. Il y a des gens qui y croient et qui agissent en conséquence. En chef de fil, des organismes gouvernementaux tel la SODEC, Le Fonds du livre du Canada et le Conseil des arts du Canada, mais aussi la Banque TD qui donne, peut-être pas assez, mais au moins, qui donne. Sans oublier les OSBL comme la Fondation Claude Chagnon ou celle pour l’Alphabétisation, l’association Lire et faire lire et les auteurs, illustrateurs et éditeurs qui, malgré les maigres sous, poursuivent inlassablement le défi de vous offrir des livres de qualité qui font briller les yeux des enfants, petits et grands.

Faut-il mourir pour qu’on parle du livre jeunesse? Faut-il attendre le son du glas, comme pour la courte échelle? Pour votre information etcelles des médias Les Éditions de la Bagnole, Les Éditions Boomerang, Bayard Canada, Bouton d’or Acadie, Caramello, Chouette, FouLire, Imagine, Éditions Les Malins, Éditions Michel Quintin, Éditions de la Paix, Perro Éditeur, Éditions de la Smala, Dominique et compagnie, Éditions Fonfon, Éditions Les 400 coups, Éditions de l’Isatis, Soulières éditeur, les Éditions Planète Rebelle, La montagne secrète, Éditions Phoenix, Pierre Tisseyre, Soleil de Minuit, Éditions les Z’ailées  et bien d’autres sont bien vivants et aimeraient bien qu’on parle d’eux avant leur mort!

 

 

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