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Foire internationale de Sharjah

Catégorie: Divers
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Témoignage sur le programme professionnel de son éminence le Sheikh Dr. Sultan bin Mohammad Al Qasimi.

Contexte

Quoi que l’on reconnaisse des noms comme Abou Dabi et Dubaï, peu de gens réalisent qu’il s’agit en fait de deux des sept Émirats des Émirats Arabes Unis. Abou Dabi et Dubaï tiennent respectivement les rôles de présidence et de vice-présidence des E.U.A., vient en troisième place Sharjah. Cet état est reconnu comme le centre de la culture émiratie et par le fait même le lieu idéal pour la présence d’un salon du livre, habituellement fin octobre – début novembre, qui attire près de 450 000 visiteurs annuellement.

Depuis 2011, le salon organise un programme pour les professionnels. Ce programme, qui est subventionné par le Sheikh Al Qasimi jusqu’à hauteur de 500 000 US$, permet à des éditeurs venant de partout dans le monde de passer 4 jours au salon et ce, aux frais de sa majesté.  J’ai eu l’honneur et le privilège d’y avoir été invité deux fois plutôt qu’une. Voici les leçons que j’en retire.

 

Question – Comment fait-on pour être invité? :

Réponse – C’est qui tu connais…

Le programme est géré par les organisateurs de la foire et par une société de gestion d’évènements, le groupe Midas de Londres. Pour être sélectionné les éditeurs doivent envoyer une lettre (en anglais) indiquant leur intérêt. Expliquez brièvement les orientations de votre maison. Faites part des accomplissements en ce qui concerne la vente et l’achat de droits à l’étranger. Explicitement, expliquez pourquoi vous croyez être un bon candidat pour le programme.

Si vous êtes sélectionné, vous aurez à remplir de la paperasse, mais rien de bien sorcier.

 

Qui retrouverons-nous pendant ces 4 jours?

En 2014, le programme rassemblait environ 190 éditeurs dont un peu plus du tiers (73) venaient des pays arabes ou musulmans dont 29 égyptiens, 10 émiraties, 2 jordaniens, 12 libanais et 15 syriens. Du côté international, 118 éditeurs venant de tous les coins du monde (Asie, Europe et Amériques). Fait à noter qu’il n’y avait que 3 éditeurs canadiens (Groundwood, Random House et Les 400 coups).

 

À quoi ressemble les 4 jours?

Les journées des professionnels est un amalgame de rencontres formelles entres les 180 éditeurs, de plénières, de cérémonies formelles et d’activités hors de l’ordinaire (souper dans le désert par exemple). Des 4 jours, on ciblera surtout les plénières qui sont souvent une opportunité d’en apprendre plus sur la culture arabe et son lien étroit à la littérature ainsi que les rencontres avec les autres éditeurs. Les organisateurs auront d’ailleurs bâti un horaire de rencontre basé sur vos intérêts commun (essai, poésie, jeunesse, etc.)

 

Le programme de soutien à la traduction c’est quoi?

Au-delà de l’aide financière accordée pour une présence aux journées des professionnels, l’Émirats a aussi mis sur pied un programme de soutien à la traduction. En gros, en 2014, jusqu’à 300 000$ était rendu disponible pour la traduction d’ouvrage dont les droits auraient été négociés à Sharjah. De ce montant, le plus gros (85%) va à des traductions de l’arabe à une autre langue ou vice versa. L’autre 15% est offert pour la traduction sans tenir compte de l’élément arabe. Par exemple, une entente entre un éditeur coréen et canadien pourrait bénéficier de ce soutien. Vous pourrez trouver l’information sur le site officiel du salon du livre de Sharjah sous la rubrique « initiatives/translation grants »

 

Et toi? T’en a vendu ou pas des droits?

Oui, Les 400 coups ont signé 6 contrats en 2013 et 12 en 2014 avec des éditeurs égyptiens, turcs et anglais ainsi que d’avoir initié des rencontres importantes avec des acteurs du monde arabe.

 

Wow! Pas mal! Alors c’est bon comme salon?

Ce n’est jamais aussi clair que ça! Ce qu’il faut retenir

 

Les plus

  • Une porte d’entrée sur le marché arabo-musulman.
  • Si l’on est accepté par le programme, les frais sont minimes à savoir inexistant (tout est payé sauf les souvenirs).
  • Des contacts personnels avec des éditeurs du Maghreb, du Moyen-Orient et des quatre coins du monde.
  • Des plénières enrichissantes.
  • Accès à des subventions pour la traduction.
  • Une meilleure compréhension de la relation étroite entre la littérature et le monde arabe.
  • Les pays arabes sont de plus en plus intéressés par la littérature et les albums jeunesse.
  • Les francophones (France et Canada) sont absents du programme et du salon. En deux ans, il n’y a eu que 3 éditeurs français et un canadien (Les 400 coups).

 

Les moins

  • Les pays arabes, en général, offrent peu en terme de droits ou d’avances.
  • Les éditeurs arabes souhaitent voir ou lire la version anglaise avant de prendre une décision, ce qui implique une dépense de la part d’un éditeur francophone.
  • Les retombés économiques sont loin d’être impressionnantes. S’il eut fallu que je paye mon déplacement, il n’y aurait pas eu de logique économique.

 

En gros, ce salon et ses journées des professionnels est une occasion unique de faire le lien entre le livre et le monde arabe. Ceux qui souhaiteraient y participer doivent comprendre que les traditions de ce coin du monde sont différentes de ceux que nous connaissons. Pour un éditeur d’album jeunesse, nul besoin de proposer un livre avec des cochons ou encore des amoureux qui ne sont pas mariés. Une fois dit, on trouvera tout de même une culture littéraire riche, des débats d’idées et un désir de faire vivre le livre. Comme le dit le Sultan Al Qasimi lui-même : « La littérature est une des clés sur l’ouverture sur le monde. »

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