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Entre l’accès à la propriété et la propriété de l’accès

Catégorie: Divers

Dans une société où la propriété d’un bien est non seulement valorisée, mais également encouragée, il demeure étonnant d’observer que plusieurs entreprises et consommateurs prennent de plus en plus le virage du modèle de l’accès à un bien, par opposition au modèle de propriété d’un bien. 

Cette tendance (lourde?) s’est d’abord emparée du monde du transport : de la traditionnelle location de voiture (où on loue un accès à un bien, ici la voiture, pour un temps donné) à Communauto (on paie un droit d’accès à un bien, ici un lot de voitures, en fonction de notre utilisation), jusqu’au BiXi (on paie un droit d’accès à un bien, ici un parc de vélos, pour un temps donné), l’industrie du transport semble avoir pris les devants du modèle d’accès.

L’industrie informatique semble vouloir emboîter le pas du modèle d’accès par ses différents services « infonuagiques ». Plutôt que de stocker des fichiers sur un disque dur interne ou externe dont nous sommes propriétaires, on propose d’accéder à une interface de stockage virtuel (Google Drive, DropBox, etc.).

Qu’en est-il pour le livre? Hormis le traditionnel accès gratuit qu’offrent les bibliothèques pour les livres imprimés (et maintenant numériques), observe-t-on un glissement du modèle de propriété du livre vers un modèle d’accès au livre? Institutionnellement parlant, la réponse est positive en ce que les acquisitions de livres numériques des bibliothèques se traduisent par un accès aux fichiers des livres numériques via un agrégateur (au Québec : pretnumerique.ca), et non par la propriété de ces fichiers. Du côté des consommateurs, la chose est un peu plus complexe en ce que l’achat de livres numériques chez certains détaillants donne lieu à la propriété du fichier numérique (celui-ci est téléchargé et une copie est enregistrée sur l’ordinateur du consommateur), alors que ce même achat chez certains autres détaillants se traduit par un accès au fichier numérique sur la plateforme du détaillant en question (le fichier n’est pas téléchargé sur l’ordinateur du consommateur, celui-ci y accède via ladite plateforme).

Outre la problématique du consommateur qui n’est pas informé de cette différence de propriété (les juristes diront que le consommateur achète le droit de disposer [abusus] alors qu’ils obtiennent le droit d’utiliser [usus]), on peut se demander si le modèle d’accès a un véritable avenir commercial dans le monde du livre. À cet égard, quelques détaillants en ligne offrent la location de livre (un système similaire à l’emprunt en bilbiothèques, mais payant); des éditeurs scolaires rendent disponibles leurs catalogues à la location par les étudiants (on loue le manuel en question pour la durée d’un trimestre/semestre); des entreprises rendent disponibles à la lecture une sélection de titres contre un abonnement (la formule du bouquet, ou club, où on paie un abonnement annuel contre un accès, le plus souvent illimité, à une sélection de livres).

Le modèle d’affaires de l’accès reste à analyser pour le livre, notamment en termes de redistribution de la valeur d’accès (droits d’auteur, rétribution à l’éditeur et au détaillant, etc.). Il y a fort à parier que ce modèle trouvera preneur, tant chez le consommateur que chez l’entreprise : après tout, on aura loué (et on continue) des zillions de films, et ce depuis les formats Beta jusqu’aux plateformes actuelles de VSD (Vidéo sur demande).

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