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Du haut de mon perchoir

Catégorie: Divers
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Dans quelques jours, il y aura un an que j’assume la présidence de l’ANEL. Une année, c’est bien court et c’est bien lourd. Réunions, imprévus, propos libres ou surveillés, conversations, avis, conseils, convocations, comités… le rythme est soutenu, le fil rouge parfois ténu. Je réserve le bilan officiel au rapport annuel déposé en assemblée générale. Cela dit, je m’autorise ici quelques libres observations faites en cours de route, et des réflexions qu’elles m’ont inspirées.

  1. Je l’ai affirmé dès le début : le livre ne fait pas de bruit. Les gens du livre non plus. Ce fut un peu moins vrai cette dernière année, quelques controverses ayant précédé le grand exercice de la Commission parlementaire de la culture. Des hauts cris ont traversé les pages d’opinions des journaux; quelques morceaux de beau linge ont été déchirés en public. Toutefois, au-delà de ces éclairs subits, le monde du l’édition et du livre est méconnu. Les questions et interventions des parlementaires en Commission l’ont pleinement révélé. Et tous les échanges qu’il nous est donné d’avoir avec parents et amis ces derniers temps le prouvent. La plus importante activité économique culturelle du Québec est un secret bien gardé. Ses règles du jeu, ses acteurs et ses dynamiques sont ignorés du plus grand nombre. De là, une grande difficulté à convaincre nos concitoyens de l’importance des défis auxquels nous faisons face. Et que lesdits enjeux concernent toute la société, pas seulement la corporation des gens de lettres. Nous avons du retard à rattraper dans notre parcours de pédagogie sociale.
  2. Nous, éditeurs, avons le livre en commun. Et quoi d’autres? Jusqu’à tout récemment, le concept « livre » était simple à définir. Le mot faisait spontanément image : une liasse reliée. Avec les potentialités du numérique, la chose devient plus compliquée, un peu plus flou aussi. N’empêche. Globalement, quel que soit le support, le processus reste proche parent. Cela dit, les questions formelles me semblent secondes par rapport à l’essentiel : qu’ont en commun des éditeurs de fiction, de guides pratiques, d’essais universitaires, de manuels scolaires? Cette question m’habite tous les jours, du haut de mon perchoir, d’où j’observe et tente d’animer une certaine forme de concertation. Les intérêts communs existent, mais ils ne sautent pas aux yeux des intervenants extérieurs, et parfois même de confrères de la chaîne du livre. Parmi les affaires qui nous touchent tous, à des degrés variables, je note sans exclusive : le droit de l’édition, émasculé par la nouvelle loi canadienne sur le droit d’auteur, et remis à plat de facto par le développement de la production numérique; l’évolution des comportements de consommation de biens culturels, conditionnée par la multiplication des vitrines physiques et virtuelles, et l’atomisation des modalités de consommation; la promotion de la production éditoriale nationale, ici et à l’exportation, le déséquilibre s’accroissant sans cesse entre la richesse (en nombre et en qualité) de la production éditoriale et sa visibilité. Bref, nous ne manquons pas de raisons de faire cause commune.
  3. Nous assistons et participons à un changement de génération. Je constate que, dans bien  des maisons établies, la génération des fondateurs côtoie de plus jeunes qui prennent progressivement la relève. Beaucoup de jeunes maisons naissent et sont animées par des professionnels qui participent d’une culture éditoriale distincte. En somme, malgré un contexte déstabilisant, la profession est traversée d’un dynamisme vigoureux. Pour reprendre un beau mot de Louis Hémon, nous sommes « d’une race qui ne sait pas mourir ». Loin de là. Il arrive même que nous sachions vivre.

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