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Dépêche d’Italie

27 mai 2015, par
Catégorie: Divers
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Salone Internazionaledel Libro Torino

Alors que l’Italie est synonyme de pâtes, de pizzas, de Ferrari, de mode et aussi un peu de Berlusconi il faut bien le dire, pour le milieu du livre, l’Italie est souvent associé à la foire de Bologne, évènement qui réunit chaque année des dizaines d’éditeurs québécois qui œuvrent dans le domaine de la jeunesse. Mais est-ce à dire que les éditeurs italiens se concentrent uniquement en jeunesse? Non, évidemment. Et pour s’en rendre compte, un séjour s’impose au Salon international du livre de Turin, le plus important salon du livre d’Italie.

Turin, quelle magnifique ville au pied des montagnes alpines! Cadre enchanteur s’il en est un. Loin des beautés de Saint-Léonard et des briques blanches de la Petite Italie près du marché Jean-Talon, il n’en reste pas moins que nous, Québécois, sentons une proximité avec la manière de vivre des Italiennes et des Italiens, dont la langue, si charmante déjà, les rend si hospitaliers. Sans parler que tout un chacun a un cousin, un oncle ou un ami qui habite Montréal. À titre d’exemple, ce voyage en taxi avec pour chauffeur le sosie de Ricardo Trogi, lui-même également nommé Ricardo, qui m’a manifestement laissé entendre, en italien, que j’étais « con » de rester au Québec quand je pouvais vivre à Turin. Bon, le terme n’était peut-être pas « con », mais il laissait clairement entendre par la gestuelle qu’après un hiver à Turin, j’aurai demandé le statut de réfugié là-bas!

Mais mieux encore, la ville de Turin organise chaque année le plus grand salon du livre du pays. Alors que la ville ne compte que quelque 1 million d’habitants, son salon réunit plus de 1500 exposants qui représentent toutes les maisons italiennes, de Milan, de Rome, de Naples, comme de Sicile et accueille environ 300 000 visiteurs. Wow! On a beau se féliciter du nombre d’entrées aux salons de Québec et Montréal, eh bien, dans ce cas-ci quand on se compare on ne se console pas! L’évènement est impressionnant, d’une taille au moins deux fois plus grande que le Salon de Montréal; celui de Turin, qui comporte 4 ou 5 halls, représente bien le dynamisme et la grande histoire de l’édition italienne.

Parallèlement au salon, l’organisation a mis sur pied une foire internationale (IBF : International Book Fair) dont l’objectif est de permettre à des professionnels de l’édition des quatre coins du monde d’échanger et de partager. Certes, le but premier est la promotion des auteurs italiens auprès des agents et éditeurs internationaux. Cependant, avec quelque 400 éditeurs inscrits pour l’évènement, les échanges débordent manifestement le simple cadre italien.

Cette année, la foire avait fait une place de choix aux éditeurs québécois alors que 5 étaient présents : Lux, Boréal et les groupes Homme, Librex et HMH, tous invités par la foire et soutenus par Québec Édition, avec l’appui du gouvernement du Canada.

La grande force de cette foire est de permettre d’établir de nouveaux contacts, notamment grâce à un site Internet très bien monté. En effet, avant la foire, dès l’inscription, chaque éditeur rédige une description de la ligne éditoriale de sa maison, ce qu’elle publie, ce qu’elle cherche à publier, et le site permet de rencontrer des maisons dont le catalogue est similaire. Ainsi, alors qu’il devient de plus en plus difficile de rencontrer des nouveaux éditeurs tchèques, suédois, hongrois, néerlandais ou même égyptiens dans des grandes foires comme Francfort ou Londres, tout notre temps étant consacré aux contacts déjà existants que l’on revoit d’année en année, Turin permet d’élargir d’une manière impressionnante notre carnet d’adresses. Plus encore, la foire se déroulant dans un cadre plus relax, on peut même discuter avec nos voisins et tenir des rencontres impromptues, chose devenue impossible dans les grandes foires internationales. Et pourtant, n’est-ce pas là un des plaisirs de l’éditeur? Ces rencontres soudaines avec un auteur ou un éditeur qui nous fera travailler ensuite sur un projet stimulant dont nous ignorions tout lors de l’établissement de notre programme un ou deux ans plus tôt. Voilà une des raisons pour lesquelles je fais de l’édition : pour ces rencontres impromptues tant avec Ricardo dans le taxi qu’avec cet éditeur italien ou danois dont j’ignorais l’existence il y a encore une semaine.

De mon côté, je suis arrivé à Turin avec 26 rendez-vous à l’horaire. Si trois d’entre eux ne se sont pas présentés (dont un qui n’a pu quitter son pays!), j’ai tout de même pu tenir 5-6 autres rencontres fixées sur le lieu même en sirotant un café. En tout, au sortir de la foire, j’avais rencontré 18  nouveaux éditeurs. Jamais, depuis que je fréquente les allées des foires (2001), je n’avais eu pareille facilité à établir des contacts. Peut-être est-ce dû au café qui, en passant, est assurément meilleur que le café parisien!

Que puis-je ajouter pour mes confrères québécois sinon que cette foire gagne à être connue. Peut-être s’adresse-t-elle plus aux éditeurs qui publient des livres noir et blanc qu’aux éditeurs de livres illustrés qui m’ont semblé plus discrets là-bas. Sans doute Bologne pour la jeunesse et Londres attirent-elles plus les éditeurs de livres illustrés à cette même période, mais pour les éditeurs d’essais et de romans, cette foire est un rendez-vous à découvrir. Si on concède souvent à Londres l’avantage de se tenir exactement 6 mois après ou 6 mois avant Francfort, on peut également étendre cet argument à la foire de Turin dont le timing dans l’horaire des foires est parfait… sans parler de la température extérieure.

Un rendez-vous que les éditeurs d’ici gagneraient à ajouter à leur horaire. Une présence à Turin et déjà Bologne me semble avoir perdu son statut de leader des foires en Italie…

1 commentaire

  1. Jean-Pierre Urbain

    Très heureux de vous savoir toujours aux acquêts d’une bonne affaire.

    J’espère qu’à votre retour vous me ferrez l’honneur de venir prendre un café avec moi dans la Petite Italie. Je constate que vous êtes un connaisseur, j’aurai plaisir à vous offrir un café pour en connaître votre appréciation.

    Je serai également tout aussi heureux de vous entendre sur les éventualités de la publication de mes livres en tchèque, suédois, hongrois, néerlandais ou même en égyptien…

    Le domaine de la jeunesse est riche en surprise. Nous serons sans doute heureux de les partager.

    Un auteur bien acquit

    Répondre

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