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DÉMOCRATIE

Catégorie: Divers
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Il faut être complètement hors du monde pour ne pas se rendre compte que le Québec sera en campagne électorale dans les prochains jours, quelques semaines tout au plus. Ce retour aux urnes hâtif, dix-huit mois après le scrutin général de septembre 2012, se déroulera sur fond de questionnement quant à la santé démocratique de la collectivité québécoise. Le taux de participation de 74 % aux dernières élections n’était certes pas famélique, mais la désertion d’un électeur sur quatre indiquait une fatigue certaine. Depuis lors, la petite musique toxique des audiences  de la commission Charbonneau instille une méfiance à l’égard des élites dirigeantes, toutes institutions confondues. La tentation de baisser les bras est grande pour bien des citoyens habités d’un sentiment d’impuissance à changer quoi que ce soit à ce qui se trame derrière des portes closes, dans les officines du pouvoir. On parle beaucoup du cynisme des électeurs et de la perte de confiance dans le processus politique.

Et pourtant… si les trois quarts des inscrits sur les listes électorales se déplacent pour voter, c’est qu’ils en espèrent quelque chose. Intuitivement, la majorité sait bien que la démocratie est un privilège fragile qu’il ne faut ni gaspiller ni bouder. La majorité de l’humanité en est dépourvue. Voter est un droit envié et enviable que l’on paie de sa vie dans nombre de pays.

Ceci dit, on attend aussi du discours politique qu’il inspire et incite à prendre position jusque dans l’urne. Pour cela, il faut une certaine hauteur de vue et la volonté de se projeter vers l’avenir. Il me semble que c’est possible à au moins deux conditions.

  1. Considérer les électeurs comme des citoyens, pas (uniquement) des consommateurs. Quand la logique consumériste envahit tout l’espace du discours public, les enjeux se limitent à la logique binaire crédit-débit. Résultat : tout est évalué sur des critères de rentabilité. Tout le monde s’attend certes à ce que les autorités de l’État soient exemplaires dans la façon d’administrer le bien public (il y a donc du chemin à faire pour atteindre l’objectif). Mais un citoyen est plus qu’un acheteur et un payeur d’impôts. Cet enjeu est particulièrement important pour les questions relatives à la culture lesquelles, réduites à la seule marchandisation, éclipsent les expressions non monnayables de la singularité d’un peuple, d’une nation.
  2. Considérer les électeurs comme une collectivité, pas (uniquement) comme des individus. Les méthodes d’analyse fine de l’électorat permettent désormais de cibler précisément les électeurs rue par rue, périmètre après périmètre. De sorte qu’il est possible de personnaliser le message pour séduire tel profil de personnes. Le génie du marketing sait faire des miracles, mais on ne bâtit pas une société à coup de promotions. Les politiques de tous bords ont la responsabilité de tenir un discours qui rappelle qu’il ne peut y avoir d’avenir sans conscience sociale, sans intérêt pour le bien d’autrui. Il est un possible vivre-ensemble à condition de maintenir le cap sur des projets collectifs. Là aussi, les questions relatives à la culture sont un bon test politique. Car la vitalité culturelle ne peut pas être assurée que par des initiatives individuelles.

Un dernier mot. Tout au long de la campagne qui s’annonce, n’oublions pas d’interroger les candidats sur leurs récentes lectures, et sur celles qui les ont marqués dans la vie. Qu’on le veuille ou non, ça en dit long sur leur paysage intérieur, et sur le monde dans lequel ils se projettent.

 

(Les opinions exprimées sur les blogues de anel.qc.ca sont celles de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement l’opinion de l’Association nationale des éditeurs de livres ou de sa direction. Soucieuse de la libre opinion, l’ANEL ne corrige pas les affirmations ou déclarations des auteurs indépendants ou des commentaires qu’elles suscitent. Elle s’assure cependant que le ton des textes et commentaires demeure en tout temps respectueux.)

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