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Dany Laferrière, De Petit-Goâve au Quai de Conti

Catégorie: Divers
Photo Dany Laferrière_crédit Josué Azor_web

J’ai demandé à mon ami Rodney Saint-Éloi une faveur : qu’il nous livre ce qu’il pensait de l’élection de Dany Laferrière, son frère, auteur, ami à l’Académie française. Il m’a rapidement écrit ce brillant petit mot que je m’empresse de partager avec tous. (Richard Prieur, directeur général de l’ANEL).

Parcours du guerrier : de Petit-Goâve au Quai de Conti. Avec Dany Laferrière, l’événement est toujours facile, comme l’élégance. Étonnant! On parlait si peu avant du Médicis et de l’Académie française. C’est que le petit-fils de Da a le don d’apporter la lumière à tout ce qu’il touche. Il a aussi le don de réaliser le rêve des autres. Souvent le rêve de toute une communauté. C’est ce que j’ai compris dans le déferlement de propos occasionnés par son élection à l’Académie française. Comme naturellement, ici, on ne rêve que de Paris, je me disais que cela devait être une bonne nouvelle. Enfin donner aux fantasmagories une base réelle!

À Port-au-Prince où lui est venue la nouvelle, dans sa discrète chambre d’hôtel, l’euphorie a été spontanée. Journalistes, auteurs, et les jeunes Haïtiens, surtout, ont fait de cette actualité un véritable cadeau. Ils en ont fait une fête intime. J’ai entendu un jeune crier l’espoir avec la nouvelle. Un des leurs est accepté à l’Académie française, illustre assemblée. Un autre jeune disait : «Mandela est mort. Vive Laferrière». C’était la fête. Le carnaval. Dany a travaillé, depuis ces vingt dernières années, avec les jeunes, accompagnant leurs inquiètes pensées.

Dany est élu à l’Académie alors que le Québec de Pauline et des Jeannettes crient à la neutralité, c’est-à-dire à la blanchitude. L’Académie française surprend les analystes avec ce Nègre qui semble infatigable (la langue en elle-même serait une patrie).

Ce que j’en pense, la question que semble me poser mon ami Richard Prieur, de l’ANEL.

C’est une bonne nouvelle.

Pour moi. Pour Mémoire d’encrier. Pour mon frère Dany. Pour sa femme Maggie et pour ses trois filles. On prendra le temps de célébrer en famille, autour d’un bon café et d’une soupe au giraumont, cet événement.

Dany a toujours été un homme libre. On lui laissera peut-être à 60 ans sa liberté. On lira ses livres. On ne lui dira pas de faire la révolution à l’Académie française. On ne lui dira pas de s’habiller en vert, en bleu ou en jaune. Il est assez grand, et cela fait bien longtemps. Il pourra continuer librement à regarder le monde, à traverser les villes et les visages, avec la même légèreté, et le rire nègre qu’on lui connaît. Il a quitté son pays, il y a 37 ans. Il a travaillé à l’usine pendant près de huit ans. Il a écrit une trentaine d’ouvrages. Il a lu des tonnes et des tonnes de pages. Il s’est essayé au cinéma. Il a osé rêver. Qu’on le laisse aujourd’hui avec ses rêves et ses audaces.

C’est une bonne nouvelle.

La question : pourquoi aujourd’hui tout le monde semble lui dire quoi faire alors qu’il a toujours marché seul dans la foule. À côté de son cri, il a toujours frayé le petit matin frais de l’alphabet. Il est «au bout du petit matin», debout, dans la lente montée du poème. C’est peut-être cette leçon que m’inspire tous les jours la manière Laferrière. Être dans le donner et le recevoir, comme le voulait son prédécesseur à l’Académie, Léopold S. Senghor, afin d’éviter le ressentiment.

Cher Richard, comme ce sont les fêtes, je te dirais que j’ai une double occasion de fêter : Noël et Laferrière. Et je vous y invite. On a droit à la fête et au rire. Laferrière est sûrement en pyjama ou dans une baignoire en train de converser avec Borges. Il nous dira plus tard : «Écrire est une fête intime.»

Photo: Josué Azor

(Les opinions exprimées sur les blogues de anel.qc.ca sont celles de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement l’opinion de l’Association nationale des éditeurs de livres ou de sa direction. Soucieuse de la libre opinion, l’ANEL ne corrige pas les affirmations ou déclarations des auteurs indépendants ou des commentaires qu’elles suscitent. Elle s’assure cependant que le ton des textes et commentaires demeure en tout temps respectueux.)

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