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Culture? Vous avez dit culture?

Catégorie: Divers
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Le concept de culture n’est pas facile à définir. Il y en a de savantes, mais j’ai un faible pour la formule choc de Dany Laferrière, prononcée le lendemain du grand séisme de Port-au-Prince : «Quand tout tombe, il reste la culture.» Ceci dit, une chose demeure : la culture se manifeste de manière évidente par ce qu’elle produit, bien qu’elle ne s’y résume pas. Tableaux, chorégraphies, télé, écrits, chansons, humour, constructions, cuisines… autant de manifestations qui, prises toutes ensemble, forment un tableau complexe et bigarré d’une société dans laquelle elle s’exprime tout autant qu’elle se façonne. Et, comme toute production humaine, les biens culturels font partie intégrante de la dynamique du commerce et de l’économie.

Je ne suis pas sociologue de la culture. Toutefois, sur la base d’observations simples faites au jour le jour, je classe grossièrement la production culturelle en trois catégories. 1. Le divertissement est sans doute ce qui nous vient d’abord à l’esprit. Et pour cause. L’information abondante dont nous sommes abreuvés quotidiennement, qu’elle vienne des journaux, de la télé ou du web, est fragmentée par grandes catégories (politique, international, sport, etc.), la culture étant généralement nourrie par l’univers du divertissement. Voilà pourquoi, quand on parle culture, nos contemporains pensent instantanément aux vedettes et personnalités de renom. Chaque secteur du divertissement est structuré en « industrie » dont les règles conditionnent le commerce et la consommation. En résumé, le divertissement est la pointe étincelante de la culture. 2. Les aspects pratiques de la vie quotidienne sont ce que beaucoup ont tendance à oublier quand il est question de culture. Et pourtant! Ce que l’on mange, la façon de le consommer; ce que l’on revêt et dans quel contexte; les lieux qu’on habite, et que l’on enjolive; les espaces que nous occupons, et la manière de s’y tenir… tout cela est manifestation et production culturelle. On en est peu conscients parce que chacun « fait de la prose sans le savoir ». Mais tous y contribuent. Bien que moins glamour que le divertissement, ce volet de la culture qui nous constitue représente une part importante, la plus importante, de l’économie. 3. Il est une troisième catégorie que je qualifierais d’intangible. En effet, une fois évoquées la production de divertissement et celle de la vie pratique, restent de grands pans de la culture qui ne sont pas pris en compte. Comment classer la recherche fondamentale? L’activité intellectuelle, qu’elle soit ou non formatée par les universités? Les essais sur diverses questions? L’histoire? La création « à l’état pur », d’écrits, d’installations, de performances… Ces écrits, reflets et laboratoires d’une langue en constante évolution? Autant d’éléments d’une culture qui ne se traduisent pas immédiatement en espèces sonnantes et trébuchantes. Il y a là pourtant un capital vital pour une société donnée et pour son apport au monde.

On aura compris que ce classement sommaire peut aisément être appliqué aux livres, dont le nombre et la diversité sont aujourd’hui fabuleux.  Il y a quelques décennies, à peu près tous les livres – dont le nombre de nouveautés étaient très limité –  passaient par les mêmes canaux de consommation, quel que soit leur nature ou leur genre littéraire. On allait en librairie, on s’abonnait à un club de livres ou à la bibliothèque. Avec le temps, l’accessibilité des ouvrages s’est ouverte à un plus large spectre de commerces, de lieux et de carrefours. La consommation de livres a changé, comme la consommation en général, et la consommation de  « biens culturels » en particulier. Dans ce contexte, des maisons d’édition, faisant preuve de créativité et de savoir-faire commercial, ont réussi à tirer leur épingle du jeu. Pour d’autres, le défi demeure et la fragilité qui va avec.

C’est dire que tous ne sont pas égaux devant les règles du commerce du livre. La question qui naît : les règles du commerce et du libre marché doivent-elles être celles qui décident de ce qui mérite de vivre dans le domaine de la culture? C’est un débat réel qui est un choix de société en dernier recours.

Cette semaine, à l’Hôtel du Parlement, reprendront les travaux de la Commission parlementaire de la culture et de l’éducation sur la pertinence d’une réglementation du prix du livre neuf. Quelle que soit la conclusion à venir des travaux de la Commission, et quelle que soit la position qu’adoptera le gouvernement du Québec dans cette affaire, les questions sur l’avenir viable d’une production culturelle riche et diversifiée resteront.

C’est une affaire de culture. Divertissante, pratique et intangible.

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