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Courage et lâcheté

Catégorie: Divers
courage

Alors là, je m’en confesse publiquement : mon code moral est en crise. Je me croyais au clair avec les choses le plus simples de la vie : le bien et le mal; le tolérable et l’inacceptable, l’équité et l’injustice et, par-dessus tout, le courage et la lâcheté. C’est sur ce dernier point que mes convictions ont été fortement ébranlées ces derniers temps. Au point de ne plus trop savoir où donner du jugement. En effet, dans le feu des débats de société auxquels je suis attentif, les étiquettes volent et virevoltent, passant allègrement du paradis à l’enfer aller-retour dans la minute. « Le Parti Québécois est courageux de s’attaquer à la question des accommodements religieux. Le PQ est lâche d’instrumentaliser une question aussi importante à des fins électoralistes. »  « Les commissions scolaires ont fait preuve de courage en choisissant de ne plus couper dans les services déjà insuffisants. Les CS ont lâchement refilé la facture aux contribuables. »  « Les témoins en commission parlementaire ne font que défendre lâchement leurs intérêts corporatifs, avoués ou cachés. Les témoins ont le courage de prendre le risque d’exprimer leur point de vue ouvertement, au risque d’être contestés. »

Lâches ou courageux? Va savoir. Une seule chose m’apparaît claire : le débat démocratique est un exercice complexe dont les règles sont toujours à réapprendre. À une époque de communications instantanées, les mots circulent vite, alimentent la rumeur, disparaissent et vont se loger quelque part dans l’oubli ou, pire, dans l’inconscient collectif. Les chaînes d’information font du temps avec des commentateurs immédiats, version édulcorée des columnist de la presse écrite. Les numéro-dépendants de Twitter se croient Diderot en résumant le savoir et la pensée en 140 frappes (je sais, c’est un vieux mot de typographe). Le jugement bref, incisif et sans appel fait foi de conclusion. Entre le début et la fin du débat, un concours de vitesse à qui prononcera le verdict qui laissera sans voix. Et les arguments? Les documents? Les faits? Qu’en a-t-on fait? A-t-on le droit de changer d’idée à la lumière d’une réflexion honnête? Mais, au fait, changer d’idée : est-ce lâche ou courageux?

On le dit souvent : le faible taux de pratique de la lecture n’est pas un enjeu social accessoire. Ultimement, c’est une affaire de démocratie. Car, qui a l’habitude de lire a l’habitude de ralentir le rythme de sa réflexion, de patienter pour passer au travers d’un raisonnement qui n’est pas le sien, et de faire des liens avec d’autres éléments lus, et des faits de vie. Toutes choses contraires à l’impulsivité, à l’instantané et l’agitation incessante.

Mais, bon, je sens que je m’égare. J’entends déjà au loin l’écho me répondre : la lecture, c’est pour les lâches; ils n’ont pas le courage de se faire une opinion par eux-mêmes.

À moins que ce ne soit l’inverse.

1 commentaire

  1. Marc Haentjens

    Bravo pour ce commentaire…courageux, et surtout pour sa conclusion : oui, la lecture – et les livres – sont une source de sagesse qui nous permet de contextualiser, prendre de la distance, réfléchir en fait sur des événements, des situations dont les médias s’emploient surtout à attiser les manifestations les plus superficielles et, bien sûr, les plus sujettes aux empoignades.

    Répondre

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