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Comment aider le livre québécois à l’international?

Catégorie: Divers

On apprenait récemment que le gouvernement Harper accusait une fin de non-recevoir aux efforts de Livres Canada Books et à la volonté quasi unanime de l’industrie d’accepter l’invitation de la Foire du livre de Francfort — dites les « Jeux Olympiques de l’édition » —, qui voulait mettre en 2017 la littérature canadienne à l’honneur. Puis, dans le Devoir du 15 septembre, on revenait sur l’organisation d’un Symposium sur l’exportation du livre loin de faire l’unanimité au sein du milieu, et qui suscite son lot de questionnement au sujet des stratégies de nos gouvernements pour soutenir la plus importante industrie culturelle au Québec.

Les défis

La situation dans le milieu du livre commande des politiques publiques énergiques, pensées de concert avec les principaux acteurs du milieu.  Selon une étude récemment rendue publique, on apprend qu’entre 2005 et 2014, les éditeurs canadiens-anglais faisaient face à un marché aux prises avec des mutations structurelles profondes, entraînant une baisse de 40% de leurs exportations.  Les éditeurs francophones, sous l’impulsion des petites et moyennes structures québécoises, voyaient leur chiffre à l’exportation bondir de 9%, malgré un contexte économique tout aussi difficile.

Nous pouvons nous réjouir du dynamisme et de l’innovation qui font des éditeurs québécois des leaders en matière de rayonnement de notre culture à l’international, mais quand l’austérité frappe tous les organismes subventionnaires du pays, sans parler de la refonte majeure des programmes du Conseil des Arts du Canada, une direction collective claire et novatrice doit émerger rapidement.

À cet égard, le regroupement d’éditeurs actifs au sein de Québec Édition (soit le comité pour l’exportation de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL)), a récemment publié un nouveau plan d’action issu de consultations avec les différents acteurs du milieu.  Ce dernier prévoit de nouvelles façons de faire et une approche plus efficace et légère, en harmonie avec les besoins de l’édition d’ici.

En février dernier, le Québec était invité d’honneur de la Foire du livre de Bruxelles.  Malgré un budget modeste, c’est la production de plus de 45 éditeurs qui bénéficiait d’une vitrine incomparable en Belgique.  Quelques mois auparavant, un nouveau programme d’accueil d’éditeurs étrangers dans le cadre du Salon du livre de Montréal, Rendez-vous, voyait le jour.  Seulement 12 mois après son lancement, 25 éditeurs étrangers d’une douzaine de pays différents ont suivi des séminaires d’introduction à notre riche création littéraire.  Ce projet a déjà mené à la conclusion de plusieurs ententes d’exportation en Chine, en Italie, en Serbie et au Brésil.  Par ailleurs, des missions de prospection commerciale ciblant de nouveaux marchés selon une formule renouvelée qui place l’éditeur et sa production au centre d’une démarche à long terme ont vu le jour.  Organisées en partenariat avec des organisations locales, les éditeurs d’ici ont été reçus en Italie et en Suède, et se rendront l’an prochain au Brésil et en Argentine. Finalement, si ambitieux qu’il puisse être, un important projet de mutualisation des services de promotion des éditeurs québécois déjà présents en France est en voie d’émerger, assurant ainsi une meilleure performance des éditeurs chevronnés tout en ouvrant la porte aux éditeurs moins expérimentés mais souhaitant assurer une meilleure diffusion de leurs œuvres en Europe francophone.

Les éditeurs d’ici possèdent l’expertise et les idées pour réaliser de grandes ambitions.  Ils mettent de l’avant de nouvelles façons de faire, axées sur la collaboration, le partage d’expérience et la mutualisation, répondant avec brio et ingéniosité aux nouvelles conditions de marché, plus exigeantes et difficiles. Néanmoins, les formules de financement où la SODEC garantit un appui généreux, mais insuffisant, aux éditeurs québécois par le biais de Québec Édition, et Patrimoine canadien à l’ensemble de la collectivité éditoriale du pays, par l’intermédiaire de Livres Canada Books, arrive à ses limites et devient un obstacle à la concrétisation de projets majeurs.  Dans ce contexte, le maintien du statu quo équivaut à la capitulation de nos organismes publics à renforcer le rayonnement de notre production à son plein potentiel.

Les solutions

Les stratégies internationales de nos éditeurs portent fruits. La Pastèque est remarquée comme jamais en Europe francophone. Petit cours d’autodéfense intellectuelle, de Normand Baillargeon (LUX), frôle les 125 000 exemplaires vendus. Libre expression ne cesse de signer des cessions de droits de traduction pour les livres de Kim Thuy. Entre autres.

Pour faire face à la rude concurrence des pays qui investissent des sommes colossales dans des opérations d’envergures, il devient pressant pour les organismes subventionnaires de redéfinir leur action. Un nouveau programme d’initiatives majeures à l’exportation, pour des actions collectives ou des projets majeurs d’éditeurs, fondé sur le mérite et l’innovation, devient plus nécessaire pour engranger des retombées aux perspectives inégalées.

L’ANEL propose de créer, de manière urgente, une table de concertation pour l’exportation du livre québécois, regroupant les principaux acteurs du milieu, à tous les paliers d’intervention et de décision, afin de mettre en commun leurs expertises et leurs ressources et de définir collectivement des projets porteurs.

Les éditeurs québécois ont prouvé, par leur savoir faire et les retombées de leurs initiatives, qu’ils représentaient la principale courroie de transmission de notre culture à l’échelle internationale.  Leurs démarches n’ont jamais été aussi importantes, n’ont jamais obtenu autant de succès qu’aujourd’hui.  Il importe, en cette période électorale fédérale, de remettre ces faits à l’ordre du jour alors que les propositions en matière de politiques culturelles des principaux partis demeurent toujours à définir.   Mais il ne faudrait surtout pas oublier de rappeler également que les éditeurs connaissent mieux que quiconque les besoins de leur industrie pour passer à un autre niveau sur le plan international.

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