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Cheese

Catégorie: Divers
culture_quebecoise

La semaine dernière, le gouvernement fédéral et la Commission européenne ont annoncé la signature d’un accord commercial pour libéraliser les échanges commerciaux entre les deux territoires. Cet accord devra être soumis à l’approbation des dix provinces et des vingt-sept pays de l’Union européenne. Et c’est sans compter le Parlement européen. Il faudra prévoir au moins dix-huit mois avant l’entrée en vigueur de l’Accord.

Les négociations qui ont duré près de cinq ans ont marqué un tournant dans l’approche du Canada en ce qui a trait à la culture. En effet, jusque-là, les gouvernements du pays avaient fait de la défense de la diversité culturelle une priorité absolue en soustrayant la culture des règles d’ouverture des marchés. Cette position se traduisait par une mention formelle en préambule d’un accord, ce qui rendait presque impossibles des recours devant les « tribunaux d’arbitrage » (appelés « panels ») des litiges entre les pays signataires sur des questions culturelles. L’objectif était clair : laisser aux juridictions canadiennes (tous les ordres de gouvernement) toute latitude pour règlementer et légiférer pour protéger et promouvoir les expressions culturelles nationales. Dans le cas du nouvel accord, sous la pression de l’Europe, l’exception culturelle générale a été abandonnée au profit d’une application chapitre par chapitre. Ce qui a obligé le Canada à justifier en quoi la culture devait être protégée dans chacun des domaines objets de négociation. Des juristes et négociateurs estiment que cette manière de faire est plus efficace eu égard aux objectifs de protection. D’autres croient que, désormais, la porte est ouverte au marchandage de la culture. Pour l’instant, il n’est pas possible de porter un jugement sur les faits : comme toute négociation, tout s’est fait derrière des portes closes.

Reste que la première fuite coulée dans les médias quelques heures avant l’annonce d’un accord formel laisse songeur. On sait que les producteurs de fromages fins sont inquiets, voire furieux d’avoir été mis dans la balance pour ouvrir les portes européennes au bœuf et au porc canadiens. On peut deviner assez facilement que l’exception culturelle ne s’est pas appliquée au délicat chapitre consacré à l’alimentation. Pourtant, bien que l’on puisse convenir qu’un fromage ne répond pas à la définition de bien culturel, qui peut contester le fait que les mœurs alimentaires sont des manifestations d’une culture donnée, de sa singularité et de sa richesse?

Voilà bien le fond du problème : la préservation de la diversité des expressions culturelles ne saurait se limiter à la protection du commerce des biens culturels. La culture n’est pas négociable. Pourtant, on vient peut-être de franchir le pas.

Mais bon, je joue sans doute  les esprits chagrins. Cheese! Forçons le sourire pour la photo officielle.

 

(Les opinions exprimées sur les blogues de anel.qc.ca sont celles de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement l’opinion de l’Association nationale des éditeurs de livres ou de sa direction. Soucieuse de la libre opinion, l’ANEL ne corrige pas les affirmations ou déclarations des auteurs indépendants ou des commentaires qu’elles suscitent. Elle s’assure cependant que le ton des textes et commentaires demeure en tout temps respectueux.)

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