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Cercle vicieux et insouciance

11 juin 2013, par
Catégorie: Divers

Je me suis lancée dans l’aventure de l’édition il y a maintenant deux ans. Avec toute ma naïveté et ma passion pour la littérature jeunesse. Je ferais de beaux livres pour les enfants. Je savais qu’il y en avait déjà beaucoup et que le milieu de l’édition entrait dans une période de bouleversements. Mais je voulais tenter ma chance, et ce, sans trop me soucier des autres ou des statistiques peu encourageantes.

Quelques mois après les débuts des Éditions de la Smala, je me rappelle avoir donné une entrevue à propos des jeunes éditeurs. À la fin de celle-ci, la journaliste m’a demandé ce qui me poussait à me lancer malgré le fait que le milieu n’était plus ce qu’il était. Dans ma tête, une petite voix m’a dit, à ce moment précis : « Veux-tu bien me dire ce que tu fais là, Dominique?»

Cette voix me poursuit depuis les débuts. J’aime les défis, mais dans ce cas-ci, ils sont très nombreux. Garder mes convictions en est un. J’ai démarré l’entreprise en ayant une idée précise de la façon dont je veux faire de l’édition. Tout ça est parti d’une volonté de créer des livres amusants, faits au Québec, par des auteurs québécois. Je tiens donc mordicus à ma ligne éditoriale, la raison pour laquelle je fais des livres. Mais en tenant à encourager l’économie locale, il semblerait que je nuise à une éventuelle rentabilité. Sans un passage par la Chine, il apparaît difficile d’être assez concurrentiel pour, entre autres, intéresser la grande diffusion, mais aussi bien des acheteurs qui cherchent les aubaines sans égard au livre en tant que tel.

Ensuite vient l’éternelle question de la visibilité qui touche la plupart des éditeurs, toutes tailles confondues. On doit produire suffisamment de livres pour se tailler une place sur le marché. Se faire connaître pour vendre les livres produits et pouvoir réinvestir dans de nouvelles parutions. Et c’est le même problème qui se pose pour le financement de nos activités. Une fois les subventions au démarrage utilisées, nous devons espérer obtenir quelque chose du gouvernement par le biais des précieux programmes d’aide à l’édition. Mais pour ce faire, encore faut-il publier suffisamment de titres pour y être admissible….Un beau cercle vicieux, tout ça.

Je suis heureuse. Le Conseil des arts du Canada a choisi de nous financer. Ce montant est un baume qui me permet d’être un peu plus optimiste. Un jour, un éditeur que j’admire m’a dit que je devais patienter cinq ans avant que les choses se placent. Je suis bien d’accord. Je vais attendre. Aussi longtemps que je pourrai, avec toute ma naïveté, ma passion et mon insouciance…

Dominique de Loppinot est éditrice aux éditions de la Smala

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