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Ça suffit

Catégorie: Divers
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Ces jours-ci, la question de la réglementation du prix du livre neuf fait l’objet d’activités remarquées, au sens où l’on dit que « l’Etna connaît un regain d’activité ». Agitation, déclarations, mises en scène, toutes choses déployées dans l’espoir de voir le plateau de la balance gouvernementale penchée du côté d’un prix réglementé. Le gouvernement du Québec affirme avoir rempli ses engagements en tenant des audiences sur le sujet dans le cadre de la Commission parlementaire de la culture et de l’éducation. Mais les conclusions se font toujours attendre, le ministre ayant semé le doute dans une déclaration malheureuse dans laquelle il affirmait en septembre ne pas vouloir attendre cinq ans avant d’annoncer ses intentions. Or tout le monde sait que plus aucun gouvernement ne dure cinq ans (bien qu’il en ait la possibilité constitutionnelle), surtout pas quand il est en position minoritaire. Alors s’amplifie de jour en jour le désagréable sentiment d’un gouvernement qui repousse sans cesse une décision qu’il ne veut pas prendre, dans un sens ou dans l’autre. Pourtant, ce qui apparaît comme une valse-hésitation est préjudiciable au milieu du livre. Tous les éléments du débat ont été mis sur la table. Rien de nouveau ne viendra apporter un éclairage décisif sur la politique à adopter. Si les élus attendent l’unanimisme pour s’y coller, ils attendront bien plus de cinq ans. Il est temps que quelqu’un tranche. Et ce quelqu’un, c’est le ministre et le gouvernement dont il est membre.

Le prix réglementé du livre est devenu le Graal des uns et l’ennemi public numéro 1 des autres. Les revendications à ce sujet ont mobilisé beaucoup d’énergie depuis plus d’un an. La course qui devait être un sprint est devenue un demi-fond, agrémenté d’obstacles. Or, le prix réglementé est une mesure technique qui, à elle seule, n’assurera pas la pérennité de l’édition au Québec. Il s’agit d’une mesure parmi un ensemble de politiques et modalités qu’il faudra mettre en place pour assurer l’avenir. En remettant sans cesse à « bientôt » une décision sur ce sujet précis, l’idée d’un prix réglementé cristallise tous les phantasmes et toutes les appréhensions. À faire durer les choses, les uns et les autres en viennent à croire que c’est une question de vie ou de mort. Pourtant, ni le salut ni l’apocalypse n’adviendront par cette seule mesure, isolée d’une politique d’ensemble.

Le milieu du livre n’a pas de ressources à la tonne et ceux et celles qui l’animent n’ont pas de réserves inépuisables d’énergie. Il est temps que cette affaire de réglementation de prix du livre fasse l’objet d’une décision. Plus rien n’excuse de nouveaux délais. Si ce gouvernement aime le livre et ses artisans, qu’il prenne une décision. Maintenant.

Il y aura un lendemain à toute cette histoire. Et ce lendemain m’inquiète. J’espère qu’il restera assez de carburant dans le réservoir des gens du livre pour affronter ensemble les défis autrement plus costauds qui nous attendent pour continuer d’offrir à nos concitoyens une production éditoriale riche, diversifiée, à la hauteur de la culture qui la génère.

Mais, pour cela, il nous faut être libérés de l’attente. Ça suffit. Monsieur le Ministre : annoncez votre décision. Aujourd’hui.

 

(Les opinions exprimées sur les blogues de anel.qc.ca sont celles de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement l’opinion de l’Association nationale des éditeurs de livres ou de sa direction. Soucieuse de la libre opinion, l’ANEL ne corrige pas les affirmations ou déclarations des auteurs indépendants ou des commentaires qu’elles suscitent. Elle s’assure cependant que le ton des textes et commentaires demeure en tout temps respectueux.)

 

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