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C’est la foire!

Catégorie: Divers
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(Les opinions exprimées sur les blogues de anel.qc.ca sont celles de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement l’opinion de l’Association nationale des éditeurs de livres ou de sa direction. Soucieuse de la libre opinion, l’ANEL ne corrige pas les affirmations ou déclarations des auteurs indépendants ou des commentaires qu’elles suscitent. Elle s’assure cependant que le ton des textes et commentaires demeure en tout temps respectueux.)

 

À Francfort, on apporte ses livres et on en rapporte la grippe. Et pour cause, la Foire est l’un des plus importants rassemblements de l’automne où se côtoient cent mille professionnels qui se donnent des millions de poignées de main pendant cinq jours. L’influenza en profite pour se glisser sans bruit dans la dynamique du free trade. L’année où le H1N1 a sévi, j’ai bien cru que l’OMS allait demander l’annulation de la grand’messe annuelle du livre. Eh non! Elle a eu lieu. Comme elle s’est tenue vaille que vaille en 2001 quelques semaines après les événements du 11 septembre. J’y étais. Depuis plus de cinquante ans, rien ne semble freiner la Buchmesse à propos de laquelle le président du puissant syndicat allemand de la presse et de l’édition disait un jour qu’elle donnait l’occasion à Frankfurt, capitale européenne du fric, de devenir pendant une petite semaine capitale de l’intelligence. Sous-entendu : après quoi, l’argent reprend ses droits…

Je fréquente ce rendez-vous annuel depuis près de vingt ans. J’ai pris une pause une année ou l’autre. J’y serai encore cette année. Je connais par cœur le mode d’emploi. Je comprends la géographie superposée des continents et des halls d’exposition. Je respecte la règle non écrite des rendez-vous calés toutes les trente minutes et qui donnent lieu au plus grand peep show éditorial de la planète, chacun dévoilant avec charme ses trésors de création aux acheteurs potentiels. Je sais combien terrible est la bouffe sur le site. Je vois les visages pâlir, s’allonger et moins sourire de jour en jour. Et je sais l’empressement que l’on a à se rendre à l’aéroport pour prendre le vol du retour, les semelles usées par cinq jours d’arpentage incessant des allées d’exposants, la tête engourdie par la fièvre naissante.

On est masochistes, ou quoi? Pourquoi s’entêter à y retourner année après année? Je m’étonne que l’événement reste aussi couru. Malgré la présence moins importante des Américains. Malgré l’évolution rapide de l’édition numérique. Malgré les communications instantanées. Et quoi d’autre encore?

Au solde, la réponse est simple : par-delà  la technicisation toujours plus grande de notre métier, l’édition est et demeure une affaire profondément humaine qui naît et se nourrit de la relation. Nous vivons de création. Rien ne remplace la rencontre, le dialogue, la palabre quand il s’agit de culture. C’est le seul vrai chemin qui conduit à la découverte et à l’émerveillement, graal de toute participation à la Foire de Francfort.

Alors, on y va. Quitte à glisser quelques doses de Tamiflu© dans la valise.

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