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Ah, les livres, parlons-en!

Catégorie: Divers
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Tous les jours, je fais ce rêve merveilleux : écrire, éditer et diffuser des livres. À chaque fois qu’un livre atteint un lecteur, il y a une manière d’épiphanie qui fait croire que l’humanité est en passe d’être sauvée.

Auteur et éditeur, quand je parle de livre, j’invoque une « arme miraculeuse » capable de changer le monde.  La littérature, nous dit Fernando Pessoa, est la preuve que la vie ne suffit pas.

Rien de moins, direz-vous!

Et pourquoi pas? rétorquerai-je.

C’est un métier bien complexe qui exige de l’élégance.

Alors, parlons-en.

Je vis dans des livres et fréquente assidument cet objet dans lequel se cachent d’étranges personnages qui me poussent à habiter l’imaginaire. L’imaginaire nous grandit et nous préserve. L’idée de la vie serait alors plus belle, plus grande et plus vraie que la vie.

James Salter, dans l’exergue de Et rien d’autre (Olivier, 2014), dit la même chose :

« Il arrive un moment où vous savez

que tout n’est qu’un rêve

que seules les choses qu’a su préserver l’écriture

ont des chances d’être vraies. »

Mon métier est donc, tel ce pêcheur d’étoiles, de danser avec les mots, de communiquer cette identité enrichie aux autres. Mon métier est de proférer ceci : contre la médiocrité qui nous happe, le livre reste le remède qui peut restituer notre dignité.

C’est pourquoi je ne peux ni ne veux accepter le discours défaitiste sur le livre, cette chronique d’une mort annoncée, ces conflits entre Goliath et David, les subventions qui s’amenuisent, les ministres et potentats de tous poils qui ne savent pas qu’une société sans livres est une société dont le cœur ne bat pas.

Parlons de livre comme on regarde pour la première fois la pluie, l’arc-en-ciel, le printemps.

Parlons de livre, non pour se voiler la face, mais pour le lancer sur la place publique en clamant haut et fort que l’avenir de l’être humain passe par le livre. Répétons tous les jours que dans la sérénité du livre qui se feuillette, qui se lit, qui s’échange, repose la beauté du monde.

C’est un métier difficile, voyez-vous, car il n’y a pas de recette. Seulement la fable qui ventile les mille et une nuits de toute vie. Seulement la passion qui allume les feux de l’espérance. Seulement l’expérience qui lie à l’humanité. Ma relation au monde passe par le livre. Alors, comment penser la mort du livre sans penser à ma propre mort, et donc à celle de l’histoire?

Oui, le livre est un combat?

Oui, le livre est mon combat.

Préparons-nous à ce combat, en changeant les dynamiques, en renversant le discours social moribond sur le livre, en restant debout dans la verticalité de l’être pour éclairer le monde.

Il faut parler. Oui, parler avec la conviction que le livre nous aide à vivre mieux. Le livre est une urgence dont aucun individu, aucune société ne peut faire l’économie.

L’homme ne vit pas seulement de gadgets ni de pains; il vit de projets. Le livre est un projet, qui nous maintient en vie et qui participe à la construction de soi et de l’autre. C’est donc pour ces raisons que je refuse tout discours réducteur, tout appel à la faillite.

Ma foi : la poésie.

Ma foi : l’amour.

Ma foi : le feu qui maintient la vie.

Tout cela avec les vingt-six lettres de l’alphabet.

Et dans la sérénité des pages d’un livre.

Je vis. J’écris. J’édite.

Et c’est bien cela, la seule conscience du monde qui m’importe.

Dans ma bibliothèque, les livres me font signe. Sur la pile de la semaine dernière, se détachent avec la mention Lu et certifié : Robert Lalonde, C’est le cœur qui meurt en dernier (Boréal, 2013), Louise Dupré, L’album multicolore (Héliotrope, 2014), Hélène Dorion, Recommencements (Druide, 2014). Ces trois romans disent tous la même chose : « ma mère est morte ». Ces morts me ramènent aux failles et à l’extrême de toute vie. C’est paradoxalement bien là que je me sens vivant, dans le fleuve intranquille de la vie.

Voici, chers amis, camarades, qui partagez avec moi ces mots, ces blessures et ces joies, ce que j’avais à vous dire. Je m’en vais avouant que le monde existe par l’éclat des lettres et des mots, et dans la conviction que vivre sans les livres est une horreur.

Ma foi : la poésie.

Ma foi : l’amour.

Oui, le livre est un combat ?

2 commentaires sur “Ah, les livres, parlons-en!

  1. Nadine Magloire

    Rien ne remplacera le livre pour ceux qui l’ont aimé. J’ai besoin de sa présence physique. Des étagères avec des livres, c’est le meilleur décor pour moi. Nadine Magloire

    Répondre
  2. Un lecteur numerique

    J’ai lu votre plaidoyer et malheureusement il ne me touche pas. Il ne me touche pas parce que dans ce genre de discours, on sacralise toujours la même chose : un objet, le livre. Or, je crois qu’aujourd’hui, ce n’est pas le support qu’il nous faut défendre ou promouvoir, c’est la démarche, à savoir la lecture. Vous avez je ne lis jamais de livre mais je lis beaucoup de romans, d’essais, des nouvelles et de la poésie sur une liseuse. L’objet livre m’importe peu, c’est la lecture que je voudrais que des acteurs aussi prestigieux que vous défende.

    Répondre

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