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Affirmation n’est pas discrimination

Catégorie: Divers
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S’affirmer passe par un ensemble de gestes dont la justesse s’acquiert avec le temps, en passant inévitablement par le chemin tortueux des essais et des erreurs. C’est le propre de l’adolescence que l’on peut déclarer finie quand l’équilibre est atteint (de ce point de vue, il existe de très vieux adolescents…). Philosophes et psychologues s’accordent sur un point : l’identité se bâtit à la frontière d’un « je » et d’un « tu »; d’une affirmation et d’une reconnaissance. Quand « je » dit  je, « je » se reconnaît dans le « tu » qui lui est adressé. À partir de là, « je » n’a plus besoin de gueuler ou de rouler les mécaniques pour être sûr de son existence. Il a une consistance propre à ses yeux. Il peut entrer en relation d’égal à égal.

Cette petite intro aux accents lacaniens pour évoquer la situation délicate dans laquelle se trouve le livre québécois. Jeune activité très florissante, l’édition d’ici doit affirmer son existence, sa pertinence et sa richesse partout et en tous lieux. Parce qu’il s’agit d’une tradition récente qui n’a pas pour elle le poids de l’histoire. Parce que, en quarante ans, une multitude de talents se sont révélés, très peu ayant eu l’occasion de trouver leurs lecteurs. Parce que, malgré un enthousiasme et une volonté quasi missionnaire, les éditeurs d’ici n’ont pas les moyens de donner toute la visibilité qu’ils voudraient aux œuvres et aux auteurs qu’ils accompagnent. Dans ce contexte, l’affirmation de l’identité éditoriale nationale passe par des gestes, des paroles, des coups de gueule, des silences, des découragements, des initiatives de tous ordres. Parfois amusantes, parfois naïves, parfois corrosives… Qu’importe! La frustration donne souvent lieu à une saine créativité. De temps à autre, l’élégance n’est hélas pas invitée à la fête.

Je dois régulièrement expliquer cette dynamique à mes amis éditeurs français.  Car les propos de leurs confrères québécois ne sont pas toujours compris pour ce qu’ils sont : non pas un rejet, encore moins de la discrimination, mais bien une légitime revendication de la place qui revient à la production nationale. Ce n’est pas une position « contre » mais une posture d’affirmation. Ceci dit, il faut une maturité certaine pour l’exprimer avec force confiance, et tout autant pour le recevoir avec respect. Entre le Québec et la France de l’édition, on y arrive tout doucement, mais on n’y est pas encore tout à fait. Le « je » murmure, parle fort et jappe parfois. Le « tu » est parfois sympathique. Mais il se fait souvent attendre…

P.S. : Ah, j’oubliais! « Je » souhaite à Marc Lévy  la plus cordiale des bienvenues au Québec.

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