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« Le bas (sic) pays, qui est le mien »

Catégorie: Divers
Livres

Que le lecteur ou la lectrice qui n’en peut plus d’entendre parler de numérique soit avisé : fuyez tout de suite, il sera ici question de livre électronique!

Quelques données, analyses et réflexions récentes ont ravivé en moi une inquiétude déjà grande au sujet du livre papier : comment assurer la visibilité de la production nationale parmi tout ce qui se publie? Dans le domaine du livre imprimé, les acheteurs sont exposés à la diversité de l’offre par le commerce de détail, la plus riche sélection étant assurée par la librairie. Ainsi, l’acheteur peut-il non seulement trouver ce qu’il cherche, mais aussi acheter ce qu’il ne cherchait pas. On appelle cela l’achat impulsif. Un acte que font souvent les grands lecteurs, mais aussi des « occasionnels » qui se prennent à flâner dans les rayons de livres. Toujours à propos de l’imprimé, on sait qu’il y a là un enjeu pour l’avenir de la bibliodiversité. Si le réseau des librairies s’affaiblit, comment la clientèle aura-t-elle accès à une offre aussi grande, les commerces non spécialisés ne tenant en magasin qu’une petite sélection de ce qui est dans l’air du temps? La plupart des intervenants de la chaîne du livre, dont notre association, croient qu’une réglementation du prix du livre pourrait contribuer à préserver la librairie, et donc l’accès à la diversité.

Ceci dit, le problème m’apparaît multiplié par 100 quand on passe au numérique. Particulièrement pour nous, au Québec, qui peinons déjà à promouvoir notre riche production papier. J’ai lu aujourd’hui même une étude crédible qui expose ce qui est en train de se passer sur le petit marché néerlandais. Vous savez quoi? Les grands lecteurs, et ils sont une forte proportion de la population des Pays-Bas, n’ont pas attendu que l’offre numérique nationale leur saute aux yeux : ils sont passés direct à l’anglais. Les livres en néerlandais existent bel et bien. Mais les acheteurs estiment que c’est un peu trop compliqué : trop d’étapes, trop de clics! Alors, pourquoi ne pas passer au plus simple : se servir à même la mer d’ouvrages en langue anglaise? À tel point que la Hollande, qui n’était pas dans les plans d’Amazon, est désormais sur la planche à dessin d’une structure commerciale du géant américain sur ce territoire. Il me semble que cette histoire donne à réfléchir à notre stratégie collective de positionnement sur le marché du livre numérique.

Bien sûr, rien de tel ne se passe ici. Au moins, pas avec la même amplitude. N’empêche que je rencontre de plus en plus de compatriotes qui sont passés au numérique, et à la lecture en anglais, principalement. Nous sommes déjà en déficit de lectorat, il ne faudrait pas qu’une partie de ceux qui retrouvent l’envie de lire se privent de leur propre culture.  Mais nous n’y arriverons pas si nous ne sommes pas plus visibles, et mieux encore, plus faciles d’accès.

5 commentaires sur “« Le bas (sic) pays, qui est le mien »

  1. Jacques Lisoni

    Le petite marché néerlandais sur lequel porte cette étude inclut-il “le plat-pays” que chantait Jacques Brel, c’est-à-dire le nord de la Belgique?

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  2. Clément Laberge

    Texte très important. Au coeur des enjeux.

    « Bien sûr, rien de tel ne se passe ici. Au moins, pas avec la même amplitude. »

    En est-on sûr? Avons-nous même des données concrètes pour évaluer cela?

    Répondre
      1. Clément Laberge

        @Marc-André

        Je suis d’accord pour la génération précédente (et encore) mais je m’inquiète beaucoup plus pour la génération de « nouveaux lecteurs » qui ont appris à lire avec Internet et qui sont toujours passé du français à l’anglais presque sans distinction.

        Sans compter que je pense qu’il y a une grande proportion des grands lecteurs qui sont à l’aise en anglais — beaucoup plus que dans la population en générale.

        Cela dit, mon point est surtout qu’on a aucune donnée pour analyser cela — on est dans les intuitions.

        Répondre
  3. Daniel Desjardins

    Tout à fait ! En 2008 alors qu’on essayait de lancer l’Agrégateur Anel De Marque, malgré les bâtons dans les roues de certains, et que nous cherchions l’appui de l’État, obtenu en partie seulement puisque contrairement à ce qui se passe en France, le livre numérique est toujours taxé à 15% au Québec, j’avais rappelé les paroles de cette chanson de Gilles Richer et Marc Gélinas, magistralement interprétée par Pauline Julien, Mommy.

    “Mommy, daddy, how come we lost the game ?
    Oh mommy, daddy, are you the one to blame ?
    Oh mommy, tell me why it’s too late, too late
    Much too late”

    Et il sera trop tard. Près de deux ans après que toute l’industrie ait unanimement demandé le prix unique, on annonce une commission parlementaire pour dans deux mois ! À ce rythme, ce sera bientôt Mommy ! And I know who are the ones to blame!

    Répondre

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