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«… Et les mots pour le dire viennent aisément. »

Catégorie: Divers
the pope

«… Et les mots pour le dire viennent aisément. »

- Nicolas Boileau

On peut s’étonner de l’ampleur de la couverture médiatique internationale de la série d’événements qui ont eu lieu récemment dans les murs généralement muets (mais bavards de rumeurs) du Vatican. Il est vrai que les papes démissionnent moins souvent que les gouvernements italiens ou les maires de grandes villes québécoises. Et puis, un nouveau pape exotique, qui donne un petit coup de pied dans la fourmilière, ça non plus, ça ne coure pas les rues.

Comme beaucoup, j’ai suivi, j’ai écouté et j’ai  lu. Et, étant donné ma formation, mes oreilles et mes yeux ont souvent souffert. Pas du contenu de ce qui était dit ou écrit, ni des commentaires critiques ou complaisants. Mais du vocabulaire. En dehors des rares journalistes spécialisés, l’approximation lexicale était la règle. J’ai entendu trois jours de suite un journaliste français en poste à Buenos Aires parler du concile (sic) des cardinaux. Il voulait dire : le conclave. Troublant : personne ne l’a corrigé. C’est sans compter les paroisses qu’on a pris pour des diocèses, des évêques qui sont tous devenus cardinaux, des soutanes et surplis qui ont été assimilés à des robes, la basilique Saint-Pierre prise pour la cathédrale de Rome, etc. Bien sûr, tout cela forme une quincaillerie spécialisée que la faune journalistique n’utilise pas souvent. Tout de même! On s’attend à un peu de rigueur et de précision. Et de culture générale.

J’ai beaucoup pensé aux confrères et consoeurs qui viennent d’autres horizons spécialisés, mais dont la matière est à la base de l’information quotidienne. Mes amis historiens pourraient écrire ce billet à l’identique en y substituant un exemple qui les concerne. Pareil pour les scientifiques : il se dit et s’écrit chaque jour des âneries roulées dans une bouillie langagière informe. Et que dire du monde des chiffres! Je ne compte plus les fois où j’éclate de rire devant des phrases qui signifient le contraire de ce qu’elles veulent dire. Pourtant, la culture des chiffres et l’argent est plus au goût du jour que la mozette, la férule et le rochet!

Que faire? Pas simple. L’information carbure à l’instantané. Tout peut être sujet à nouvelle. Il faut avoir quelque chose à dire pour remplir l’espace sonore ou rédactionnel. Au moins peut-on s’attendre à ce que ceux qu’on envoie au front aient une culture générale qui leur permette de contourner les obstacles et les pièges de l’approximation.

Au final, je m’attends (mais je suis un idéaliste indécrottable) à ce que ceux et celles qui font profession d’informer cultivent leur passion pour le mot juste. Après tout, c’est leur seul instrument de travail.

Et, comme disait Nicolas Boileau…

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